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Sabaton – The Great War

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Le contexte

On l’attendait ce nouveau Sabaton, il est là, enfin là ! Cinq ans après le décevant “Heroes” (malgré quelques pépites) et trois ans après le mitigé “The Last Stand”, Sabaton était attendu au tournant. Alors pour préparer ce neuvième opus, les suédois ont misé sur un plan marketing infaillible.

Tout commence le 11 novembre 2018, 100 ans après la signature de l’Armistice. C’est le jour choisi par Sabaton pour annoncer son nouveau projet, à savoir l’écriture d’un album concept sur la Première Guerre mondiale. “The Great War” est lancé…

Quelques mois plus tard, en janvier 2019, le lancement de la chaine YouTube “Sabaton History” est annoncé avec la création d’un Patreon dans la foulée. L’idée est simple : une vidéo par semaine pour raconter l’histoire qui se cache derrière les textes de chaque composition. Épaulé par l’historien américain et youtubeur Indiana « Indy » Neidell, des titres comme “To Hell And Back”, “The Carolean’s Prayer” ou encore “Last Dying Breath” ont déjà été étudiés.

En avril 2019, le groupe se recueille à Verdun le temps d’un week-end. Ils profitent de l’occasion pour organiser une conférence de presse et ainsi présenter son nouvel album concept. La presse locale et nationale ne rate pas le rendez-vous, qu’elle soit spécialisée ou généraliste. Tous découvrent le nouvel album en avant-première. Pour le commun des mortels, il a fallu attendre le 19 juillet pour découvrir “The Great War”.

Lorsque l’on s’appelle Sabaton et que l’on écrit un album concept sur la Première Guerre Mondiale, on n’a pas le droit de se tromper. L’attente est grande, très grande derrière « The Great War », un projet que nous avons pris le temps d’étudier. SOLDATS ! Défenseurs de la Patrie ! Revêtez votre capote Poiret, votre culotte bleu horizon et équipez-vous de vos masques à gaz, baïonnettes et fusils Berthier ! Sabaton vous emmènent 100 ans en arrière, dans l’enfer de la Grande Guerre…

La chronique

1914. Une simple balle change la face du monde pour toujours. L’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois est assassiné. Un continent s’embrase, la guerre est inévitable. Née dans les usines, perfectionnée par les ingénieurs, une nouvelle arme de destruction massive fait basculer le monde dans la guerre moderne : le char de combat.

Le premier titre de l’album, « The Future Warfare », nous ramène au 15 septembre 1916, à Flers, au cours de la sanglante bataille de la Somme. Les Britanniques alignent pour la première fois des chars d’assaut. Ces engins blindés, montés sur chenille, se montrent capables de franchir tous les obstacles y compris les rideaux de barbelés qui protègent les tranchées.

D’entrée, nous avons à faire à du grand Sabaton : un texte qui nous plonge dans la bataille, un refrain épique soutenu par des chœurs puissants, le tout dans une ambiance à la fois pesante et transcendante.

Nous sommes déjà plongés dans le chaos de la Grande Guerre alors que les fûts de Hannes Van Dahl (batterie) introduisent la deuxième piste « Seven Pillars of Wisdom ». Les honneurs sont ici rendus à T.E. Lawrence, plus communément connu sous le nom de Lawrence d’Arabie. Pendant la guerre, il était officier britannique et combattait l’Empire ottoman. Il a notamment aidé les révolutionnaires arabes dans leur guérilla face aux forces ottomanes. Dans son livre “Les sept piliers de la sagesse”, il décrit ses expériences sur le terrain, en Arabie.

Sabaton se fait un plaisir de restituer ses mémoires en quelques minutes avec un refrain détonnant, galvanisant : « Alors que l’obscurité tombe et que l’Arabie appelle à l’aide ; un homme déploie ses ailes avant que ne débute la bataille ; Que la Terre revendique le nom de Lawrence ; Les sept piliers de la sagesse allument la flamme ».

Cet album concept sera donc une histoire des batailles et des légendes qui ont marqué la Grande Guerre. Les honneurs sont aussi rendus aux hommes qui se sont sacrifiés pendant ce conflit armé. La piste suivante, « 82nd All the Way » raconte l’histoire de la 82ème ID, une unité de l’armée américaine, notamment connue pour ses faits de guerre dans la forêt d’Argonne, en France. Les « All Americans », comme on les appelait aussi, portaient ce nom car il y avait au moins un soldat de chacun des 48 États américains de l’époque au sein de l’unité. La chanson parle notamment du sergent Alvin York et de ses actes héroïques qui lui ont valu la « Medal of Honor » pour avoir chargé un nid de mitrailleuses allemandes, tout en s’emparant d’une mitrailleuse et en capturant plus de 100 soldats allemands.

Nous arrivons à l’une des pépites de l’album : « The Attack of the Dead Men ». Le titre est sans aucun doute aussi passionnant que choquant. Nous sommes le 6 août 1915. Les Allemands lancent une attaque mortelle au gaz sur la forteresse d’Osoviets en Pologne. Il semblait alors certain que la garnison russe en face ne survivrait pas. Les masques à gaz s’avérant inutiles, les soldats étaient condamnés à mort. Toutefois, l’avancée de l’infanterie allemande a rapidement tournée au cauchemar. Les Russes survivants ont contre toute attente lancé une attaque devenue légendaire, inscrite dans les annales comme « l’Attaque des morts-vivants ». Leur tête enveloppée dans des vêtements ensanglantés, tremblant et toussant, recrachant littéralement des morceaux de poumons, ils repoussent les troupes allemandes, en état de choc et surpris par cette vision d’horreur. Pris de panique, ils prennent la fuite laissant derrière eux leurs armes et se retrouvant piégés dans leurs propres défenses barbelées.

Ce titre est une petite révolution dans la discographie de Sabaton. En effet, le style choisit pour aborder cette thématique est assez novateur, avec un riff très saccadé et surtout un refrain chanté dans la plus grande tradition des chœurs d’armée russe. Les propos évoqués sont très forts, soutenus par un clavier en arrière-plan qui appui encore plus sur la corde sensible, voire tragique de la situation. Une vraie petite merveille…

https://www.youtube.com/watch?v=J0nfSFtK8RY

On enchaine avec un autre très bon titre : « Devil Dogs », un terme inventé en avril 1918 par les Allemands lors de la bataille du bois de Belleau. De nos jours, c’est toujours le surnom du US Marine Corps.

Plus épique que « Devil Dogs », tu meurs. Couplets, refrains, pont, tout est soutenu par des chœurs héroïques avec un Joakim Brodén qui excelle particulièrement derrière le micro.

Vous aimez les compositions épiques ? Vous allez adorer « The Red Baron ». Manfred Albrecht Freiherr von Richthofen de son vrai nom, il est connu comme l’as des as de l’aviation pendant la Grande Guerre avec plus de 80 victoires confirmées. Sa popularité est associée à celle de son Fokker DR.1 Triplan qu’il peint en rouge vif au lieu des couleurs de camouflage réglementaires. Il entre alors dans la légende comme le « Baron Rouge ».

Sur cette piste, c’est le clavier qui tient la baraque. Commençons par cette introduction phénoménale à l’orgue, limite anxiogène, qui ouvre les portes à ce personnage tout droit sorti des enfers. Ennemi public numéro 1 des forces alliées, craint de tous, c’est une menace perpétuelle qui plane au-dessus de leurs têtes. De manière générale, le clavier n’est pas sans rappeler le grand Jon Lord, adapte de ce son si caractéristique de Deep Purple. Et que dire de ce soli croisé entre le clavier et la gratte de Tommy Johansson. Là encore, « The Red Baron » est une jolie surprise. Pour la petite (ou grande) histoire, Le Baron Rouge meurt par balle dans la Somme le 21 avril 1918, des tirs au sol des tirailleurs australiens. Il avait 25 ans.

Nous arrivons au titre éponyme de l’album, « Great War », qui nous ramène à l’horreur et à la réalité du terrain. Nous sommes ici dans la tête d’un soldat épuisé qui se pose la question du bienfondé de ce conflit à l’origine de tant de victimes. Les paroles de « Great War » font échos au sentiment général des soldats de l’époque, traumatisés par leur quotidien dans les tranchées, prisonniers de la boue et entouré des corps de leurs frères d’armes. Alors que les complets laissent transparaitre un sentiment de désarroi total, les refrains prennent la forme d’un cri de détresse, le soldat exultant sont ras-le-bol et son envie d’en finir. Un titre fort, poignant, et magistralement orchestré.

« A Ghost in the Trenches » racontent à nouveau l’histoire d’une légende, à savoir celle de Francis Pegahmagabow. Francis était tireur d’élite canadien et d’origine amérindienne. Héros de guerre, il a été décoré à trois reprises de la médaille militaire. Il avait une capacité étonnante à se faufiler dans et derrière les lignes allemandes, ce qui lui a valu le record de victimes au cours de la Grande Guerre avec 378 tués et plus de 300 prisonniers. Après la guerre, il a fait campagne pour l’égalité des droits des autochtones au Canada.

Nous nous rapprochons tranquillement de la fin du récit avec le déjà très célèbre « Fields of Verdun », premier single qui lançait alors la promotion de l’album, deux mois avant sa sortie. « Ils ne passeront pas ! » Ainsi peut-on résumer la célèbre bataille de Verdun. Du 21 février au 18 décembre 1916, les armées allemandes ont attaqué d’innombrables fois, mais c’était sans compter sur les armées françaises qui auront repoussé les assauts jusqu’au dernier. Vous l’aurez compris « Fields of Verdun » rend hommage à nos poilus. La piste vente leur mérite, ou plutôt leur sacrifice. Verdun c’est 303 jours de batailles et plus de 700 000 victimes. C’est la bataille la plus dévastatrice de toute l’Histoire.

Au même titre que « Great War », le texte est particulièrement immersif. Le pont retranscrit particulièrement bien l’état d’esprit de nos soldats : « Ces champs d’exécution passent du terrain vague à l’herbe. Vous n’irez pas plus loin, ils ont dit « Vous ne passerez pas ! » L’esprit de la Resistance allié à la folie de la guerre… Alors Fonce ! Fais face ! Rejoins les morts ! Avant que tu ne meures là où tu gis, et ne demande jamais pourquoi ». Au-delà de la bataille, c’est la psychologie de ces hommes, coincés dans les tranchées avec leurs obligations de soldats, qui est largement retranscrite à travers « Fields of Verdun ». Sans doute le meilleur morceau de l’album tant il prend aux tripes.

« The End of the War to End All Wars » résonne comme un constat. La Première Guerre mondiale se termine le 11 novembre 1918. Elle fut l’une des guerres les plus destructrices de l’Histoire, avec 16,5 millions de victimes. La mort, la douleur, le gaz et une hécatombe humaine qui fera émerger des Nations déchirée, loin d’être en paie… La fin de la guerre pour mettre fin à toutes les guerres. La Der des Ders… enfin, pas tout à fait.

L’album se termine sur « In Flanders Fields », un poème du lieutenant-colonel canadien John McCrae. Traduit en français comme « Au champs d’honneur », le poème est un succès international, faisant au passage du coquelicots (cité dans le poème) un emblème en Grande-Bretagne en soutien aux familles des soldats morts ou blessés au combat.

NOTRE AVIS

Nous attendions beaucoup de « The Great War » et le crash test est un véritable succès. Cet opus est largement à la hauteur des Madeleines de Proust que sont « The Art of War », « Coat of Arms » et « Carolus Rex ». Des titres peuvent d’ores et déjà être hissés au rang d’incontournables à l’exemple de « The Attack of the Dead Men », « Devil Dogs », « The Red Baron », « Great War », « Fields of Verdun » et « The End of the War to End All Wars ». Alors oui, peut-être que cette chronique s’apparente plus à un cours d’Histoire qu’a une chronique d’album… Mais n’est-ce pas ça que l’on recherche en priorité chez Sabaton ? Une Histoire, avec un grand H, parfaitement orchestrée pour transmettre un message : celui du devoir de mémoire. À n’en pas douter, nos amis suédois sont passés maitres en la matière avec ce nouveau chef d’œuvre, déjà entré dans la légende. Un indispensable dans la discographie de Sabaton plus que jamais fer de lance de ce noble milieu qu’est le Heavy/Power Metal.
Composition
8
Arrangements
7.5
Écriture
9
AlexPMF
AlexPMF
Pirate des temps modernes chevauchant le monde sur son dragon, un violoncelle dans la main et une bouteille de bière dans l'autre. Mes références : Running Wild / Powerwolf / Gloryhammer / Rhapsody

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Nous attendions beaucoup de « The Great War » et le crash test est un véritable succès. Cet opus est largement à la hauteur des Madeleines de Proust que sont « The Art of War », « Coat of Arms » et « Carolus Rex ». Des titres peuvent d’ores et déjà être hissés au rang d’incontournables à l’exemple de « The Attack of the Dead Men », « Devil Dogs », « The Red Baron », « Great War », « Fields of Verdun » et « The End of the War to End All Wars ». Alors oui, peut-être que cette chronique s’apparente plus à un cours d’Histoire qu’a une chronique d’album… Mais n’est-ce pas ça que l’on recherche en priorité chez Sabaton ? Une Histoire, avec un grand H, parfaitement orchestrée pour transmettre un message : celui du devoir de mémoire. À n’en pas douter, nos amis suédois sont passés maitres en la matière avec ce nouveau chef d’œuvre, déjà entré dans la légende. Un indispensable dans la discographie de Sabaton plus que jamais fer de lance de ce noble milieu qu’est le Heavy/Power Metal.Sabaton – The Great War