Interview avec Visions of Atlantis

Nous avons eu la chance de pouvoir discuter avec Michele Guaitoli, chanteur et compositeur de Visions of Atlantis, groupe qui vient de sortir un album ambitieux et très réussi, « Pirates II : Armada ».

Interview réalisée en visio le 12 juillet 2024. Merci à Sounds Like Hells pour cette opportunité.

1/ Il est toujours un peu risqué de sortir un album qui reprend le concept du précédent et de faire quelque chose de trop identique. Comment avez-vous abordé ce sujet ?

Alors en fait, nous ne considérons pas « Armada » comme la suite de « Pirates ». Pour nous, ces albums se composent d’histoires. Dans « Pirates » il y avait 12 histoires, dans « Armada » il y en a 12 nouvelles et dans le prochain ce sera encore 12 autres. Ce n’est pas une seule histoire qui se poursuit sur chaque album comme dans Star Wars par exemple. Même les thématiques sont différentes. Une chanson comme « Clocks » (Pirates) parle de vivre l’instant présent alors qu’un titre comme « Armada » est clairement une chanson sur la guerre. Toutes les chansons ont des sens différents mais aussi des sons différents.

2/ Le thème de la piraterie est très populaire dans le Metal. Qu’est-ce qui selon toi différencie votre approche de celle des autres groupes ?

Notre vision des pirates est clairement plus romantique. Les pirates d’Alestorm sont des fêtards, ils chantent sur l’alcool, et tout le monde aime ça ! Mais nous, nous sommes davantage des raconteurs d’histoires. Pour nous les pirates sont des esprits libres, qui vivent une nouvelle aventure tous les jours. C’est une vision romantique, presque comme la bande originale d’un film.

3/ Qu’est-ce qui t’inspire quand tu écris et compose sur ce thème ?

Notre inspiration vient surtout des livres, comme « L’Ile au trésor », ou les livres d’aventures dans lesquels les pirates peuvent être des héros. Parce que qu’en tu y réfléchis, historiquement parlant, les pirates étaient des voleurs, des meurtriers… et ce n’est absolument ce dont on voulait parler ! Un peu comme les vikings qui étaient des pillards mais les groupes comme Amon Amarth préfèrent les présenter comme des guerriers qui combattaient pour leurs dieux. Donc nous, nous chantons à propos de pirates qui voulaient être libres et maitres de leur destin.

4/ Est-ce qu’aujourd’hui on peut qualifier Visions of Atlantis de groupe de pirates ?

Oui je pense qu’on peut nous qualifier de « pirate band » même si cela ne veut pas dire que nous sommes un groupe historiquement réaliste. Mais nous portons des costumes de pirates, nous faisons des musiques et des vidéos sur les pirates… Par exemple, est-ce que « Pirates des Caraïbes » est un film de pirate ? Pour moi oui totalement.

5/ Cette image et cet univers collent tellement bien à votre musique qu’on se demande un peu pourquoi avoir mis tant de temps pour franchir le pas !

On était un peu « effrayés » par l’histoire de Visions of Atlantis. Le groupe a connu une histoire compliquée, avec beaucoup de changements de personnel, pas mal de chaos… Alors quand le groupe dans sa forme actuelle a commencé à jouer ensemble, en fait on ne se connaissait pas vraiment et on ne jouait que des chansons que nous n’avions pas composées, ni enregistrées en studio. Seul Thomas (Thomas Caser, batteur du groupe) était là depuis le début. A l’époque, Visions of Atlantis est un groupe de Metal Sympho, habillé comme tel. Donc ça nous a pris du temps pour nous rapprocher et devenir un vrai groupe et aujourd’hui, être un groupe de pirates, c’est vraiment ce qu’est Visions of Atlantis. Nous avons refermé un chapitre pour en commencer un nouveau.

6/ C’est vrai que quand on regarde la formation du groupe, on remarque quand même pas mal de changements dans le line-up . C’est même la première fois que le groupe sort 3 albums de suite avec le même line-up ! Est-ce que tu penses que cela joue dans la qualité de vos albums ?

Pour moi tout est une question d’émotions. Quand on passe du temps ensemble, quand on enregistre ensemble notre propre musique, qu’on y met notre propre émotion, les gens le ressentent. C’est pour ça que l’IA ne fonctionnera jamais car ce qui compte va au dela de la musique. Quand je chante une chanson sur scène, je me revois en studio en train de l’enregistrer ou sur une plage en train de la composer. Tout ça ce sont des choses que tu ressens quand tu étais présent dès le début. Et quand tu chantes une chanson écrite par quelqu’un d’autre, ce n’est absolument pas la même chose.

7/ « The Dead of the Sea » est un morceau spectaculaire, presque cinématographique. Qu’est-ce qui te plait dans ce genre de grande fresque dramatique ?

C’est clairement ma chanson favorite ! Quand tu écris de longues chansons, tu peux vraiment t’exprimer. Mais quand on compose, on doit aussi penser à la radio, au clip… et on doit parfois se limiter. Une chanson à la radio c’est 3 minutes maximum, un clip de 7 minutes coûte deux fois plus cher. Donc il faut sans cesse faire la balance entre tes envies de composer, et la réalité du marché… Mais sur ce genre de morceau long, tu peux faire ce que tu veux : mettre une intro, une outro, des parties instrumentales, des longs couplets… Sur cet album, nous avons donc des titres compatibles avec le marché comme « Monsters » ou « Armada » et nous avons des chansons plus « anticonventionnelles » ou l’on s’est exprimés plus librement.

8/ Peux-tu nous expliquer un peu la particularité d’avoir un chant à deux voix et comment se passe ta complémentarité avec Clémentine ?

C’est vraiment le truc cool avec Visions of Atlantis parce quand tu écoutes une chanson avec un seul chanteur, sur le deuxième couplet, tu sais plus ou moins à quoi t’attendre. Ce n’est jamais le cas avec nous. Le fait d’avoir un chanteur et une chanteuse fait que ce n’est jamais la même chose, il y a toujours un changement de couleur dans la voix, ce n’est jamais ennuyant. Dans les refrains, cela permet aussi de doubler les harmonies. En fait, tu peux écouter la chanson plusieurs fois en te focalisant sur la voix de Clémentine ou sur la mienne et ce sera une approche différente à chaque fois.

Avoir deux chanteurs permet aussi de doubler nos possibilités : j’ai mes limites vocales, Clémentine a les siennes, mais ensemble nous pouvons faire plus de choses. Si une note est trop haute, Clémentine peut la chanter ; si une note est trop basse, je peux la chanter. Si nous avons besoin d’une voix plus roque, je peux le faire ; si nous avons besoin d’une voix très douce, elle peut le faire. Donc voilà, ça nous offre un spectre vocal plus large, ce qui est évidemment super.

9/ La pochette de l’album est absolument magnifique et pleine de symboles entre le feu d’un côté et l’eau de l’autre, le crâne dans les nuages… peux-tu m’en dire un peu plus et sur ce qu’elle représente à tes yeux ?

Je vais être très honnête avec toi. Blake Armstrong (l’artiste qui a réalisé la pochette) travaille à la fois pour le cinéma et pour la musique. Il a travaillé pour des « gros noms » comme Marvel ou Disney. Et c’est aussi un passionné de Metal ! Et nous, nous sommes un groupe très « cinématographique » donc on s’est dit que c’était le gars qu’il nous fallait. Nous lui avons donné le titre de l’album et expliqué que ça allait être un album sur la guerre, sur les batailles, les combats personnels aussi. Et que nous étions un groupe de pirates ! Et il a fait tout le reste. Il nous a présenté tout le concept avec les bateaux en feu, les couleurs… et cette femme en plein milieu. On pourrait croire qu’il s’agit de Clémentine mais en réalité c’est davantage une représentation de ta propre conscience qui regarde tes combats intérieurs. Tout ça c’est le travail de Blake.

10/ Et il avait écouté l’album d’abord ?

Oui, il connaissait les chansons et il a travaillé par rapport à ce qu’il avait compris.

11/ Vous allez entamer une tournée marathon en Europe pour présenter ce nouvel album. Comment allez-vous retranscrire un album d’une telle richesse sur scène ? Est-ce une difficulté pour vous ?

Non non. Quand j’écris une chanson, je pense toujours au concert et si je sens qu’une partie ne peut pas être jouée en live, je la change. Nos chansons doivent avoir un impact durant le concert et pour moi, le coeur de notre musique, c’est le groupe en train de jouer, le reste vient se greffer au dessus de ça. Et je pense que c’est pour ça que ça fonctionne pour nous.

Résumé

AlexPMF
AlexPMF
Pirate des temps modernes chevauchant le monde sur son dragon, un violoncelle dans la main et une bouteille de bière dans l'autre. Mes références : Running Wild / Powerwolf / Gloryhammer / Rhapsody