Interview avec Nemedian Chronicles

Originaire du sud de la France, Nemedian Chronicles nous présente leur premier album “The Savage Sword”, un opus de pur Power metal, consacré à Conan le Barbare. Interview avec trois des membres du groupe.

Interview réalisée le 22 février 2024

[LIRE NOTRE CHRONIQUE DE “THE SAVAGE SWORD”]

“The Savage Sword”, un album concept ?

1 – D’ordinaire dans le Power metal, les thèmes tournent autour de dragons, de mauvais sorciers, ou de bardes au fond de la forêt…. Vous, vous avez choisi une autre approche : celle de l’imaginaire de Conan le Barbarbe. Pourquoi un tel choix ?

Guillaume Lefebvre (compositeur et bassiste) : Je répondrais que dans l’imaginaire de Conan de Barbare, des mauvais sorciers il y en a aussi. Des tas ! Les Stygiens surtout. C’est méchant un Sorcier Stygien ! Bon plus sérieusement, Conan le Barbare a toujours été mon univers de fantasy préféré. ..On va dire que justement c’est plutôt ce que l’on appelle de la Sword and Sorcery, avec une pointe de Dark Fantasy…C’est plus sombre, plus violent, plus guerrier, plus âpre et cruel, que la fantasy classique. D’ailleurs Conan n’est pas vraiment considéré comme un héros mais plutôt comme un antihéros. Et c’est ce que nous cherchions ! La fantasy gentillette et guillerette avec les gentils petits elfes de la forêt, c’est pas pour nous ! On veut de la bagarre, des morts sanglantes et des monstres horrifiques ! En gros…on aime bien quand ça chie !!!

© Logo : Stan W.Decker / Guillaume Lefebvre

2 – Conan le Barbare est un personnage créé dans les années 1930 par Robert E.Howard. C’est un auteur essentiel à l’histoire de l’héroic fantasy ?

Guillaume: Un auteur central et primordial. Il fait partie des écrivains qui ont aidé à former et créer le genre.

Thomas Tesseidre (guitariste) : Honnêtement à part les films et les jeux vidéos, je ne connaissais pas grand chose à l’univers de Conan, à vrai dire. Mais au final tourner une page pour voir le nom d’un chapitre qui figure aussi sur l’album même que tu sors, et avoir donc la musique en tête en intro de lecture…ça reste un sentiment vraiment trés agréable.

3 – L’un des personnages principaux de votre album est Red Sonja, une guerrière qui connaît une jeunesse cruelle, avec le massacre de sa famille. Elle-même ne s’en sort que miraculeusement. Quelle est votre perception de cette guerrière ? Que représente-t-elle pour vous ?

Guillaume: Elle fut créée par Marvel, mais sur la base d’un personnage de Robert Howard, Sonja de Rogatino. Le but était de créer un alter ego féminin à Conan, une guerrière Hyrkanienne à la chevelure flamboyante. C’est un personnage absolument badass. C’était une idée brillante que de montrer que les âges Hyboriens n’étaient pas fait que de guerriers mais aussi de guerrières, ce qui est d’ailleurs totalement raccord avec la littérature de Howard comme on le voit avec des personnages comme Bêlit ou Valéria. Donc nos soeurs métalleuses ou fan de fantasy ont elles aussi droit à une héroïne magnifique et inspirante, et c’est très bien comme ça ! Red Sonja, c’est franchement une icône.

Guillaume Lefebvre (basse) Thomas Tesseidre (guitare), Alexandre Duffau (chant, guitare), David Royer (guitare) Guillaume Rodriguez (batterie) ©NemedianChronicles

4 – Que raconte cet album « The Savage Sword » ? Est-ce un album concept ?

Guillaume : Oui et non. C’est un peu un mode hybride. En gros l’idée est de narrer la naissance de Conan dans le morceau Born on a Battlefield…Et d’aborder la question de quand le roi Conan est vieillissant et commence à envisager la mort dans Road of the Kings. Et de raconter des aventures qui se sont déroulées au cours de sa vie dans l’intervalle. Donc ça s’enchaîne plus ou moins et c’est chronologique mais sans avoir ce côté “une seule histoire découpée en segments” qu’il y aurait dans un vrai album concept.

La conception de l’album

5 – Sept ans après la formation de votre groupe, vous sortez votre premier album. Tout d’abord, dans quel état d’esprit êtes vous après -on l’imagine- un si long travail 

Guillaume : On est super excités que ça sorte enfin, bien sûr et pressés de savoir ce que les fans de Power en auront pensé. Et aussi soulagés, en effet…ça a pris du temps.

Thomas : Vraiment très fier du résultat. Globalement c’était un plaisir de passer autant d’heures dessus. Maintenant on est impatients des premiers retours mais on est déjà trés fiers de notre bébé enfin sorti.

6 – Comment s’est passé la conception de l’album ? Est-ce que le groupe travail collectivement à sa création ? Comment répartissez-vous les tâches ?

Guillaume : J’avais déjà écrit un certain nombre de compositions avant de créer le groupe puis j’ai complété. Le groupe est donc plutôt articulé autours de l’idée d’un compositeur unique. Cela étant dit, chaque musicien apporte son savoir faire et peut récrire des choses concernant sa partie, proposer un break à la batterie ou récrire en partie le solo de guitare par exemple. Alexandre notamment a pas mal participé car en dehors du chant, il s’est également occupé de la partie symphonique et musique de film ce qui l’a conduit à proposer des modifications voir des idées originales.

Nemedian Chronicles; un groupe avec de multiples influences

7 – En vous écoutant, on ressent de multiples influences. Tout d’abord, le metal épique avec Manowar, Eternal Champion ou bien Glacier. Mais également les débuts de Blind Guardian avec un petit côté thrash metal. Est-ce que j’ai oublié d’autres influences ?

Guillaume : Les deux groupes que j’ai le plus écouté dans ma vie sont Iron Maiden et Running Wild, donc il y a forcément des influences qui traînent quelque part ! Mais l’autre influence importante non citée c’est la musique symphonique de grands films bien sûr. Basil Poledouris avec la bande originale de Conan, mais aussi Enio Morricone, Hans Zimmer et compagnie.

8 – Impossible de ne pas faire de parallèle entre votre chanteur Alexandre Duffau, et celui de Blind Guardian, Hansi Kürsch. C’était une volonté de votre groupe de s’inscrire dans cette influence ?

Guillaume : Oui et non. C’est vrai qu’Alexandre est très fan de Blind Guardian et du chant de Hansi Kürsch. Donc cela a forcément eu un impact lorsqu’il a développé son chant. Cela étant dit le fait d’être fan d’un groupe ne donne pour autant le timbre de voix d’un chanteur. Moi par exemple si j’avais chanté au lieu de composer et de jouer la basse, ce n’est pas pour autant que j’aurai eu la voix d’un Bruce Dickinson ou d’un Rolf Kasparek. Donc c’est un peu le hasard qui fait que notre chanteur, fan de Blind Guardian entre autres, a un timbre de voix similaire à celui de Hansi. Mais même si Blind Guardian fait partie de nos influences on ne cherche pas non plus à devenir le “Blind Guardian Français qui fait du Conan”.

Alexandre (chanteur et guitariste): C’est vrai que je suis un grand fan de Blind Guardian et ça a beaucoup influencé ma façon de chanter. Mais de manière générale, j’aime les chanteurs avec un chant rocailleux, comme Dio, Jorn Lande, Blackie Lawless et évidemment Hansi Kürsch. Mais pour en revenir à l’album, ça n’a pas été une ligne directrice de “sonner Blind Guardian” même si sur les choeurs dans certains morceaux l’influence est palpable.

9 – On a parfois l’impression que vous êtes tiraillés entre le Thrash metal et le Power metal. Ce mélange des genres est peu commun. Comment caractérisez vous votre musique ?

Guillaume : Je suis je l’avoue plutôt content du comparatif, car en effet, et cela rejoint ce que j’ai dit plus tôt, on cherche à incarner un type de Power Metal plus dur et guerrier que les groupes plus légers ou joyeux. Du coup, si certaines de nos rythmiques sonnent thrash c’est qu’on a atteint l’objectif ! Concernant le type de Metal, je garderais pour simplifier l’appellation “Power” Metal” car après tout du Power c’est quoi ? Une évolution moderne du Heavy, avec des rythmes parfois speed, et un accent mis sur les cultures du fantastiques de l’imaginaire. Du coup on retrouve des groupes plus légers comme Dragonforce ou Angra comme des groupes plus sombres et gothiques comme Powerwolf classé en “Power”. Il me semble qu’on se situe quelque part au milieu de ce spectre là.

10 – Il y a un petit côté musique orientale sur votre titre « Black Lotus / The Cursed of Thong ». Pourquoi ce choix ?

Guillaume : C’est un morceau instrumental, sans paroles, tiré d’une nouvelle de Conan qui s’appelle “The Slithering Shadows”. Cette aventure se déroule dans des contrées désertiques qui sont plus ou moins l’équivalent, dans les mondes Hyboriens, du Moyen Orient. L’avantage était de montrer que Conan, c’est ça ! Il vit beaucoup d’aventures dans des contrées lointaines comme Vendhya qui ressemble à l’Inde, Khitai qui ressemble à la Chine et ainsi de suite. C’est n’est pas euro-centré, ce qui ajoute une touche vraiment romanesque et aventureuse.

Le Power metal, un style mal-aimé ?

11 – Le Power metal est un style souvent moqué, décrié, pas pris au sérieux. Quel est votre regard sur ce style ?

Guillaume : Je n’ai pas personnellement à ce point là ressenti la moquerie, si ce n’est peut être de la part de certains fans de Metal Extreme, mais dans la mesure où certains en sont à dénigrer des genres sans lesquels leur musique n’existerait pas, comme le Heavy, je n’accorde pas d’importance à l’avis de ce genre d’individus. Personnellement, je soutien à fond l’existence du Power, parce qu’il est la continuation du Heavy et du metal mélodique permettant l’existence de groupe avec chant clair dans une époque dominée par l’extreme, et parce qu’il y a cette connexion, ce lien organique avec l’Heroic Fantasy et le fantastique. C’est le genre de metal calibré pour les geeks et comme je suis les deux ça me va bien !!! Cela étant dit j’ai un petit bémol: il y a je trouve trop de groupes de Power qui sont dans cette école plus légère et joyeuse dont on a plusieurs fois parlé.

Thomas : Pareil, je n’ai pas vraiment trop ressenti cette moquerie. Le Power Metal raconte des histoires et aborde des thémes souvent différents des autres styles. Ces thèmes influent la composition et ont poussé à l’innovation, à mettre de nouvelles choses en place, à s’interroger comment on pourrait faire ressentir tel univers fantastique…Est ce qu’on y met des mélodies celtiques, arabes, ou viking, sur quel tempo, et comment on peut accompagner le tout avec du son typé Metal.

12 – Vous assumez pleinement l’étiquette Power metal ?

Guillaume : Comme déjà évoqué plus tôt, dans la mesure où nous faisons du Heavy parfois mélangé à du Speed ou des rythmiques thrash et qu’on a une thématique médievale fantastique tiré d’une célèbre oeuvre de Sword and Sorcery, oui, on est en plein dedans me semble t’il ! On se réfère aussi parfois comme étant un groupe de “Epic Metal”. Mais c’est un peu là une variation pour dire la même chose, au fond…

13 – Souhaitez-vous rajouter une dernière chose ?

Guillaume : Pour ma part, je voudrais vous remercier, au nom de Crom, Morrigan, Macha, Seth, Erlik et tous les dieux Hyboriens pour cette excellente interview. Les questions étaient variées et sympa, donc merci et merci en général pour ce que vous faites pour la scène Power Metal française ! Ce sera avec plaisir qu’à l’avenir nous répondrons à vos questions pour notre album 2. Car qu’y a t’il de meilleur dans la vie…? Ecrasez ses ennemis ? FAUX ! C’est de répondre à Power Metal France ! A bientôt !!!

Thomas : Merci du temps accordé et de donner cette visibilié à la scène Française qui regorge d’excellents groupes. On espère que l’album plaira au moins autant qu’il nous plaît. L’aventure est loin d’être finie et il y a encore beaucoup à raconter sur l’univers de Conan !

Résumé

ClemPMF
ClemPMF
Issu d'un croisement entre le punk des Ramones et le Heavy de Def Leppard, ce poitevin aux goûts vestimentaires douteux trouve l'illumination musicale lors d'une ténébreuse soirée après la découverte du Power Germanique. Freedom Call et Axxis demeurent sa référence évidente, mais la scène italienne de Rhapsody fait de lui un homme volage.