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Judicator : le Power Metal made in USA

Dans le monde merveilleux du Power Metal, nul n’arrive à la cheville de Judicator au pays de l’Oncle Sam. Acharnés de travail, les américains préparent la sortie de leur 5ème album studio « Let There Be Nothing », disponible le 24 juillet chez Prosthetic Records. Rencontre avec John Yelland et Tony Cordisco, fondateurs du groupe.

Interview réalisée par Messenger le mardi 8 juillet 2020

1- En 8 années d’existence, Judicator va sortir son 5ème album studio ! On ne peut pas dire que vous vous reposez sur vos lauriers. Comment expliquez-vous cette abnégation au travail ? 

John Yelland : Lorsque nous avons lancé Judicator, je ne pensais pas que nous irions aussi loin. Nous avons investi tout ce que nous pouvons dans ce projet, et je ne savais pas qu’il aurait autant de potentiel. A la base, c’était juste un projet de passionnés, pour se faire plaisir ! Notre succès, nous le devons à Tony Cordisco (guitariste). Sans lui, nous serions probablement encore un petit projet, et non le groupe à part entière que vous connaissez aujourd’hui. Il est aussi talentueux en affaires que pour écrire de riffs de tueur ! J’ai vu de nombreuses formations consacrer tout leur temps et leur argent à monter leur projet. Même si ça peut s’évérer payant, le plus souvent je les vois se fatiguer et s’épuiser financièrement. C’est pourquoi je suis si fier de la stratégie que nous avons développé avec Tony, à savoir la durabilité. Nous voulons continuer à faire ce que nous faisons pour le reste de nos vies. C’est pourquoi tout ce que nous faisons doit être fait intelligemment.  

2- “Let There Be Nothing” sera donc votre 5ème album. Il sortira le 24 juillet, sous l’égide d’un nouveau label : Prosthetic Records. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? 

Tony Cordisco : Prosthetic Records nous a contacté après le buzz de notre dernier album. C’est un label dont je suis un fan de longue date, j’avais l’habitude de leur envoyer des démos au lycée. J’ai vraiment adoré leur modèle commercial. Ils nous apportent le soutien dont un groupe comme le nôtre a besoin pour continuer à faire des albums. Nous avons donc plongé tête baissée ! Jusqu’à présent, l’expérience est géniale et ils nous ont vraiment aidés à montrer notre meilleur visage avec « Let There Be Nothing ». 

3- Autre changement, votre batteur Jordan Elcess assure depuis peu le rôle de bassiste. Vous avez accueilli Ulises Hernandez derrière les fûts. Une explication ? 

Tony Cordisco : A l’origine, Jordan est entré dans le groupe en tant que bassiste. Il a d’ailleurs enregistré la basse sur “Coping Mechanism” (disponible sur le troisième album de Judicator “At the Expense of Humanity », ndlr) de manière assez intéressante. Jordan et moi jouons de la musique ensemble depuis que nous avons 15 ans dans un million de groupes différents. C’est un musicien polyvalent, très adaptable et hautement qualifié. Par ailleurs, nous avions besoin d’un changement de lineup en raison de complications logistiques, les membres du groupe vivant dans différentes régions du pays. Ce changement de lineup était donc logique. Nous sommes ravis de travailler avec Uli à la batterie et d’explorer une nouvelle dynamique de groupe ! 

John Yelland – Chanteur et co-fondateur de Judicator

4- “Let There Be Nothing” fait suite à l’excellent “The Last Emperor” sorti en 2018, sans doute le meilleur album de votre discographie. Quel constat faites-vous de cet album ? 

John Yelland : Mes sentiments envers « The Last Emperor” sont toujours très positifs. J’adore la production, l’écriture des chansons, la façon dont les passages acoustiques folkloriques sont entrelacés tout au long de l’album… je pourrais continuer longtemps ! C’est aussi un album très spécial car mon ami Hansi Kursch (chanteur de Blind Guardian, ndlr) a posé sa voix sur « Spiritual Treason ». J’apprécie vraiment les harmonies vocales de cet album. J’ai expérimenté la croissance incrémentielle des harmonies, notamment sur « Queen of All Cities ». Ainsi, vous entendez le refrain devenir de plus en plus fort tout au long de la chanson. 

Tony Cordisco : J’apprécie vraiment le succès de l’album et l’enthousiasme manifesté à son égard, surtout lorsque certaines de ces chansons sont jouées en live. Rétrospectivement, étant un musicien pointilleux, il y a des choses que j’aurais aimé faire différemment. Ca ne me dérangerait pas de lancer un titre ou deux en mid-tempo, et d’avoir une meilleure fin pour l’album… Mais je suis vraiment fier du travail réalisé et surtout des chansons comme “Raining Gold”, “Queen of All Cities”, “Spiritual Treason” et “Antioch”. 

5–  Les textes de Judicator s’apparentent à un véritable cours d’Histoire : La chute de Napoléon, l’Histoire de la Prusse à travers Frederick The Great, la première croisade… Qu’est-ce qui vous fascine tant dans ces Histoires ? 

John Yelland : Tout a commencé avec deux jeux vidéos et un film ! “Empire: Total War”, “Napoléon : Total War” et le film “Waterloo” (1970). Ces jeux vidéos sont très amusants, mais ce qui m’a frappé, c’est à quel point cette période est fascinante. J’ai trouvé que Napoléon Bonaparte était particulièrement fascinant. Lorsque Tony et moi avons lancé Judicator, je voulais que notre premier album parle de Napoléon. D’un point de vu dramatique, nous avons trouvé judicieux de parler du retour d’exil de Napoléon de l’île d’Elbe et de la bataille de Waterloo. 

Concernant le thème de la première croisade (sur le quatrième album, “The Last Emperor”, ndlr), je dirais que l’agitation politique que nous avons vécu lors des dernières élections américaine (2016) et le film Kingdom of Heaven (2005) ont été une source d’inspiration. J’ai toujours été intéressé par les croisades, mais quand nous avons constaté toute cette haine extatique, cette division idéologique et politique dans notre pays, je me suis demandé la façon dont ce genre de choses se sont produites auparavant tout au long de l’Histoire. Je me suis donc plongé dans la lecture sur les croisades, la première croisade en particulier. Dans toutes mes lectures, Godefroy de Bouillon se démarquait toujours. Lorsqu’on lui a offert la couronne à Jérusalem, il a refusé, disant qu’il ne pourrait jamais porter une couronne d’or dans la même ville où le Christ portait une couronne d’épines. Je voulais faire un album sur lui. 

6- “Let There Be Nothing” semble à nouveau aborder la question de la religion chrétienne. Quelle Histoire allez-vous nous raconter à travers ce nouvel opus ? 

John Yelland : Le christianisme joue un rôle dans “Let There Be Nothing”, mais son rôle est plus complémentaire que primaire. Le nouvel album parle de Bélisaire, le principal général des campagnes de l’empereur Justinien pour reprendre les anciens territoires romains. 

Après ma propre conversion à l’Eglise orthodoxe orientale, je me suis intéressé à l’histoire romaine byzantine. Justinien était certainement l’empereur Est-romain le plus notable. Il a repris de nombreux territoires perdus lors de la chute de la Rome occidentale. Bélisaire a joué un rôle déterminant dans la reprise de ces territoires. Il était un commandant très habile, mais il a fait des erreurs. Le voir tirer des leçons de ces erreurs au cours de sa carrière est fascinant. L’histoire de Bélisaire n’est pas seulement militaire, elle est aussi interpersonnelle. Sa femme, Antonina, a eu une liaison de longue date avec leur propre filleul… Bélisaire est un homme qui s’efforce d’être une personne sincèrement bonne même quand il semble que tout le monde lui chie dessus. 

7- Sur “The Last Emperor”, Hansi Kürsch fait une apparition remarquée sur le single “Spiritual Treason”. Doit-on s’attendre à une surprise équivalente sur « Let There Be Nothing” ? 

John Yelland : J’aimerais que Hansi chante à nouveau avec nous, peut-être sur notre prochain album studio. Cependant, je suis très heureux que mon meilleur ami Austin Bentley (Machines of Man, Fervence) fasse une apparition sur “Let There Be Nothing”. Nous avons également demandé à Balmore Lemus (Novareign) et Chad Anderson (Helion Prime) de venir poser leurs lignes de gratte en tant que guest, et même Chris Carland (Everthrone) pour donner quelques touches d’émotion à l’album. Nous avons eu beaucoup de gens talentueux qui y ont contribué ! 

Tony Cordisco : Le grand Christian Munzner, guitariste de Eternity’s End / Alkaloid / Paradox / Obscura / Necrophagist, etc. apparaît et fait presque une minute de solo sur la longue piste épique de l’album “Amber Dusk “. Travailler avec lui, c’est vraiment un rêve devenu réalité. Il a fait un job incroyable ! Sans aucun doute l’un des musiciens les plus humbles et talentueux que j’ai jamais rencontré. 

Tony Cordisco – Guitariste et co-fondateur de Judicator

8– Vous êtes les principaux compositeurs de Judicator. Comment s’organise votre travail de composition ? Les autres membres sont-ils impliqués ? 

Tony Cordisco : En l’état actuel, j’écris la musique, les mélodies de guitare, les structures, etc.  Ensuite, j’envoie le tout à John qui compose ses mélodies vocales, ses chœurs et ses paroles. Les autres membres ajoutent la batterie, la basse et les solos de guitare. Ils ont libre cours, tout en respectant les contraintes du genre. Cette organisation rend les choses très faciles sur le plan créatif, mais je suppose qu’avec le nouveau lineup, nous pourrions un peu changer nos habitudes sur le prochain album ! 

9– Vos textes font parfois référence à l’Histoire de notre pays. Les références sont parfois directes (la chute de Napoléon) mais aussi indirectes, la France ayant largement contribué aux différentes croisades. Question un peu chauvine : l’Histoire de France semble vous intéresser non ? 

John Yelland : L’Histoire, la culture, la cuisine, la musique et bien sûr le peuple de France sont formidables ! J’ai visité Paris en 2016 et j’ai beaucoup apprécié mon temps là-bas. J’ai visité le tombeau de Napoléon, la cathédrale Notre-Dame, les catacombes, et bien sûr les autres attractions touristiques. Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est de visiter les zones les moins touristiques et de profiter autant du « vrai Paris » que possible. 

10– Que pensez-vous du succès du Power Metal aux Etats-Unis ? Pensez-vous que le genre a encore du chemin à parcourir avant de faire partie de l’élite ? 

John Yelland : Le Power Metal semble toujours avoir eu un public underground ici aux États-Unis. Cependant, j’ai l’impression que c’est devenu plus populaire avec le temps grâce au succès de groupes comme Sabaton et Nightwish. J’adorerais venir me produire en France un jour, dans un avenir proche. J’espère vraiment que notre signature avec Prosthetic Records mènera à des opportunités de l’autre côté de l’Atlantique. 

11– Enfin, qu’avez-vous à dire à notre communauté pour leur donner envie d’écouter “Let There Be Nothing” ? 

Les deux : Si vous avez apprécié cette interview, nous pensons que vous apprécierez vraiment “Let There Be Nothing”. Nous mettons vraiment tout ce que nous avons dans nos albums. Nous espérons que vous allez écouter et que nous vous verrons bientôt en live !  

FabPMF
FabPMF
Né d’un amour interdit entre un conteur nain et un dragon femelle, je n’ai jamais cessé de me passionner pour les Histoires épiques de l’Humanité qu’elles se soient produites sur notre monde ou dans les grimoires de l’enchanteur Eusæbius… Mes références : Sabaton / Helloween / Blind Guardian / Demons & Wizards

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