INTERVIEW – Nouvel album, changement de label : Twilight Force répond à nos questions [FR/ENG]

Blackwald, grand magicien, compositeur et membre fondateur de Twilight Force, nous a accordé une longue interview en marge du concert du groupe à l’Epic Fest 2026. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur son processus créatif et la sortie du futur album…

Interview réalisée le 11 avril 2026

Twilight Force Epic Fest
Blackwald, compositeur de Twilight Force – Epic Fest 2026

Twilight Force est devenu en quelques années l’un des groupes majeurs du Power Metal. Comment expliques-tu ce succès ?

Ce que nous faisons avec Twilight Force n’est pas très courant dans le Power Metal. Il y a beaucoup de groupes avec des styles différents, bien sûr, mais je pense que nous sommes un peu uniques en ce qui concerne le storytelling et la manière dont nous nous présentons. Et j’espère que cela nous distingue un peu.

J’ai l’impression que les gens apprécient le travail de création d’univers, le fait de pouvoir s’immerger dans quelque chose qui va au-delà de simples chansons ou de la musique en elle-même. J’espère que cela reflète la passion que nous avons pour la musique, ce que nous faisons.

Pour moi, c’est important de se démarquer. Ce n’est pas facile de trouver son propre son, mais je pense que nous avons énormément évolué depuis nos débuts, il y a plus de dix ans. Aujourd’hui, je crois que nous avons trouvé notre niche, notre identité sonore, et j’apprécie le fait que nous ne fassions pas de compromis.

Si quelqu’un se dit : « J’aimerais qu’ils jouent un peu plus comme ceci ou cela », avec une influence de musique classique ou de bandes originales, alors il peut apprécier ce que nous faisons : c’est un mélange de musique symphonique, de fantasy et de metal.

Et que demander de plus quand on est fan de Power Metal ?

Comment se construit un album de Twilight Force ? Avec votre style très grandiloquent, j’imagine que cela prend du temps ?

Cela représente des milliers d’heures de travail. En général, quand je compose, je commence par le piano. La musique vient presque toujours en premier.

Une fois que j’ai une base — une sorte de squelette du morceau — je commence à construire les orchestrations. À partir de là, on « ressent » le décor : est-ce l’hiver ? l’été ? Sommes-nous dans une forêt, sur une montagne ? Est-ce une histoire d’épée magique ? de dragon ?

On tisse des images à partir de ce que la musique évoque. Tout est interconnecté. Mais pour moi, tout commence toujours par une base au piano, puis le reste se construit par-dessus.

Parfois, ça peut aussi partir d’un titre qui surgit : « Ça ferait une super chanson ». Cela évoque déjà une émotion ou un univers dans mon esprit, et je peux ensuite construire le morceau autour de ça.

C’est un processus très long, mais aussi extrêmement gratifiant.

Twilight Force Epic Fest
Alessandro Conti – Epic Fest 2026 / Crédit photo : Marine Fougeray alias mlleflamantrose – Power Metal France

Te considères-tu plutôt comme un compositeur ou un conteur ?

Un peu les deux, mais la musique passe en premier, clairement. Cela dit, la musique appelle toujours une dimension narrative.

C’est un peu comme une bande originale de film : elle s’adapte à un univers visuel. Et c’est pareil pour nous.

Aujourd’hui, l’histoire est très importante pour moi. Comme une petite fable : un début, un milieu, une fin. Que fait-on ? Où va-t-on ? Pourquoi ? Qui est le protagoniste ? L’antagoniste ?

C’est essentiel pour moi, ça apporte une dimension supplémentaire. Ce n’est pas du tout quelque chose de ridicule, au contraire, c’est très important.

Mais pour simplifier : musique d’abord, histoire ensuite.

Si tu devais transposer votre musique dans un autre format, lequel choisirais-tu ? Jeu vidéo, film, série animée, jeu de société… ?

Honnêtement, n’importe quel média pourrait bien fonctionner avec notre musique. Mais personnellement, les jeux vidéo me tiennent particulièrement à cœur.

Quand je ne travaille pas, j’écoute souvent des bandes originales de jeux, comme celle de Skyrim, quelque chose de relaxant.

J’aimerais vraiment qu’il y ait une opportunité, un jour, de créer un jeu vidéo lié à l’univers de Twilight Force.

Les films aussi m’intéressent, je fais déjà quelques petites choses de ce côté-là.

Et si tu pouvais composer la bande-son d’un jeu vidéo en particulier ?

Peut-être le prochain The Witcher. Ce serait incroyable.

Twilight Force – Epic Fest 2026 / Crédit photo : Marine Fougeray alias mlleflamantrose – Power Metal France

Le groupe a récemment changé de label, pour signer chez Napalm Records. Vous avez présenté cela comme une « nouvelle ère » pour Twilight Force. Peux-tu nous en dire plus ?

Beaucoup de choses ont changé récemment, notamment parce que nous avons modifié le line-up. C’était un gros changement. Et il y a aussi eu le changement de label, mais les deux ne sont pas directement liés.

J’ai eu une excellente expérience avec Nuclear Blast, vraiment. Ce n’est pas une réponse diplomatique, je les apprécie sincèrement.

Mais ils ont leur manière de fonctionner, et nous avions envie d’essayer quelque chose de différent. Napalm Records nous a semblé plus dynamique dans sa façon de développer les groupes.

Après dix ans avec Nuclear Blast, c’était le bon moment pour explorer autre chose, voir ce que nous pouvions construire sur le long terme.

Cela dit, la musique ne changera pas.

Ce changement est donc surtout lié à une question de promotion ?

Oui, exactement. La manière de promouvoir.

On verra vraiment avec la sortie du prochain album.

Peuvent-ils également vous aider sur le plan créatif ?

Oui, bien sûr. Ils peuvent soutenir le développement du show scénique, des décors, de l’aspect visuel, des vidéos…

Ils sont assez impliqués, et ça donne un sentiment très positif. Je suis optimiste.

J’image que cette signature chez Napalm Records implique aussi la sortie d’un nouvel album. Peut-être pour cette année ?

J’espère, mais je ne peux rien promettre. Même une fois l’album terminé, il faut encore des mois pour le pressage et la promotion.

Mais je travaille quasiment 24h/24, 7j/7.

C’est un changement important pour moi, car c’est la première fois que je compose 100 % des chansons seul. Avant, je travaillais avec un autre membre fondateur.

D’une certaine manière, c’est libérateur : il n’y a plus de désaccords, je peux suivre totalement mon instinct. Même si parfois, des avis divergents peuvent être utiles.

Je suis actuellement en mode « crunch » intensif.

Il y aura du Twilight Force, bien sûr, peut-être avec quelques éléments en plus… Les morceaux sont assez variés.

On pourrait entendre un peu plus de blast beats. On avait expérimenté ça sur Skyknights of Aldaria et on avait adoré. C’est typiquement utilisé en Black ou Death Metal, mais ça fonctionne très bien en Power Metal si c’est bien intégré. Ce sera par petites touches, mais notre batteur adore ce style.

En tout cas, ce sera extrêmement épique.

Je cherche aussi à relier encore davantage toutes les chansons et histoires à l’univers global.

Je préfère ne pas trop en dire pour ne pas avoir à revenir sur mes paroles plus tard ! Mais je suis très enthousiaste, et le groupe aussi.

J’espère que vous ne serez pas déçus.

Où en es-tu dans l’avancement ?

Peut-être à 50 %, mais c’est difficile à dire.

Écrire une chanson peut aller vite, mais l’orchestration prend énormément de temps. Par exemple, pour Blade of Immortal Steel, j’ai passé environ 350 heures !

C’est très long.

Une fois les orchestrations terminées, le reste va plus vite : les guitares, les solos… Les musiciens sont très efficaces.

Mais parfois, on bloque : une mélodie ne fonctionne pas, les paroles doivent être retravaillées…

Donc je dirais entre 40 % et 60 %. Difficile d’être précis.


ENGLISH VERSION

NEW ALBUM, NEW LABEL : INTERVIEW WITH TWILIGHT FORCE

In just a few years, Twilight Force has become one of the major players in Power Metal. How do you explain this success?

What we do with Twilight Force isn’t very common in Power Metal. There are many bands with different styles, of course, but I think we are somewhat unique in terms of storytelling and how we present ourselves. I hope that sets us apart a bit.

I get the feeling that people appreciate the world-building—the fact that they can immerse themselves in something that goes beyond just songs or the music itself. I hope this reflects the passion we have for the music and for what we do.

To me, standing out is important. It’s not easy to find your own sound, but I think we’ve evolved tremendously since our beginnings over ten years ago. Today, I believe we’ve found our niche, our sonic identity, and I appreciate the fact that we don’t make compromises.

If someone says to themselves, « I wish they played a bit more like this or that, » with an influence from classical music or soundtracks, then they can enjoy what we do: it’s a blend of symphonic music, fantasy, and metal. And what more could you ask for as a power metal fan?

How is a Twilight Force album constructed? With your very « grandiloquent » style, I imagine it takes quite some time?

It represents thousands of hours of work. Generally, when I compose, I start on the piano. The music almost always comes first.

Once I have a foundation—a sort of skeleton of the track—I start building the orchestrations. From there, you start to feel the setting: is it winter? Summer? Are we in a forest or on a mountain? Is it a story about a magic sword? A dragon?

We weave images based on what the music evokes. Everything is interconnected. But for me, it always starts with a piano base, and then everything else is built on top of it. Sometimes, it can also start from a title that pops up: « That would make a great song. » That already evokes an emotion or a universe in my mind, and I can then build the track around it. It’s a very long process, but also extremely rewarding.

Do you consider yourself more of a composer or a storyteller?

A bit of both, but the music definitely comes first. That said, the music always calls for a narrative dimension. It’s a bit like a film soundtrack: it adapts to a visual universe. It’s the same for us.

Nowadays, the story is very important to me. Like a little fable: a beginning, a middle, and an end. What are we doing? Where are we going? Why? Who is the protagonist? The antagonist? It’s essential to me; it adds an extra dimension. It’s not something ridiculous at all—on the contrary, it’s very important. But to keep it simple: music first, story second.

If you had to transpose your music into another format, which would you choose? Video game, movie, animated series, board game…?

Honestly, any medium could work well with our music. But personally, video games are particularly close to my heart. When I’m not working, I often listen to game soundtracks, like Skyrim—something relaxing. I’d really love for there to be an opportunity one day to create a video game linked to the Twilight Force universe. Movies interest me too; I’m already doing a few small things in that area.

And if you could compose the soundtrack for one video game in particular?

Maybe the next The Witcher. That would be incredible.

The band recently changed labels, signing with Napalm Records. You presented this as a « new era » for Twilight Force. Can you tell us more?

A lot of things have changed recently, notably because we changed the line-up. That was a big shift. There was also the label change, but the two aren’t directly linked.

I had an excellent experience with Nuclear Blast, truly. That’s not a diplomatic answer; I sincerely appreciate them. But they have their way of operating, and we wanted to try something different. Napalm Records felt more dynamic to us in the way they develop bands. After ten years with Nuclear Blast, it was the right time to explore something else and see what we could build in the long term. That said, the music won’t change.

So this change is mainly related to promotion?

Yes, exactly. The way of promoting. we’ll really see when the next album is released.

Can they also help you on the creative side?

Yes, of course. They can support the development of the stage show, the sets, the visual aspect, the videos… They are quite involved, and it gives a very positive feeling. I’m optimistic.

I imagine this signing with Napalm Records also implies the release of a new album. Perhaps for this year?

I hope so, but I can’t promise anything. Even once the album is finished, it still takes months for pressing and promotion. But I’m working almost 24/7.

It’s a major change for me because it’s the first time I’m composing 100% of the songs alone. Previously, I worked with another founding member. In a way, it’s liberating: there are no more disagreements, and I can totally follow my instinct. Even if, sometimes, diverging opinions can be useful.

I’m currently in intensive « crunch » mode. It will be Twilight Force, of course, maybe with a few extra elements… The tracks are quite varied. You might hear a few more blast beats. We experimented with that on Skyknights of Aldaria and we loved it. It’s typically used in Black or Death Metal, but it works very well in Power Metal if it’s well integrated. It will be in small touches, but our drummer loves that style.

In any case, it will be extremely epic. I’m also looking to link all the songs and stories even more closely to the global universe. I prefer not to say too much so I don’t have to take back my words later! But I’m very enthusiastic, and so is the band. I hope you won’t be disappointed.

How far along are you?

Maybe 50%, but it’s hard to say. Writing a song can go fast, but the orchestration takes an enormous amount of time. For example, for Blade of Immortal Steel, I spent about 350 hours! It’s very long. Once the orchestrations are finished, the rest goes faster: guitars, solos… The musicians are very efficient. But sometimes, we get stuck: a melody doesn’t work, lyrics need to be reworked… So I’d say between 40% and 60%. It’s hard to be precise.

Résumé

AlexPMF
AlexPMF
Pirate des temps modernes chevauchant le monde sur son dragon, un violoncelle dans la main et une bouteille de bière dans l'autre. Mes références : Running Wild / Powerwolf / Gloryhammer / Rhapsody