[Parlons Power] « Aujourd’hui, j’ai réalisé tous mes rêves de gosse » Rencontre avec Nils Courbaron

« Parlons Power » est le nouveau rendez-vous que vous propose Power Metal France : des interviews en toute sincérité, qui racontent l’histoire de nos héros et héroïnes, de fans de la première heure ou pas, qui nous racontent la genèse de leur passion, leur histoire avec le Power Metal, le tout ponctué d’anecdotes souvent drôles et incroyables.

Pour ce premier numéro, rencontre avec Nils Courbaron, un gamin de Rueil-Malmaison, qui plus tard fondera Bloodorn, deviendra guitariste de Dropdead Chaos et de Sirenia, qui a réalisé son rêve de gosse : vivre du Metal. Asseyez-vous, sortez le popcorn et plongez-vous dans cette longue interview pleine d’anecdotes de ce fan ultime d’Iron Maiden..

L’interview a été réalisée le samedi 5 avril 2025, au lendemain du premier concert de l’histoire de Bloodorn à l’Epic Fest 2025. .

Bonjour Nils et merci beaucoup d’accepter de te prêter au jeu de ce tout premier numéro de « Parlons Power ».

Avec plaisir !

Avant toute chose, tu as joué ton tout premier concert hier avec Bloodorn. Qu’est-ce que tu ressens 24 h après ?

Globalement, c’était incroyable. Pour commencer, je t’explique le contexte : nous sommes arrivés à la salle, on a attendu 20 minutes dehors avant de faire les soundchecks. C’était la première fois que nous jouions ensemble ! À peine le temps de se coordonner, les mecs de la salle nous disent : « Les portes ouvrent dans 10 minutes, c’est sold out, il faut vous barrer » … What the fuck ?! On ne s’y attendait pas, c’était notre premier concert. J’avais bien remarqué qu’il y avait un engouement autour du groupe, mais pas à ce point !

Bloodorn, c’est le projet le plus ambitieux de toute ma vie. Je reviens tout juste de tournée sud-américaine avec Sirenia, et ça fait plusieurs nuits que je dors mal, car je n’arrêtais pas de penser à ce concert ! Techniquement et musicalement, c’est un projet ambitieux. Vraiment, je me chiais dessus en pensant à ce moment !

Et ça ne pouvait pas commencer pire ! Avant de monter sur scène, je demande à Francesco (Francesco Saverio Ferraro, bassiste de Bloodorn, ndlr) : « Mec, mon wireless est branché ? » C’est mon sans-fil, sans ça aucun son ne sort de ma guitare. Il me dit : « Ouais, ouais ». Premier morceau, je tape le tapping… que dalle. L’enculé (rire).

Une fois allumé, ça s’est super bien passé. Ce n’était pas parfait, il y avait des pains aux guitares, mais pour un groupe qui n’avait jamais joué ni répété ensemble, c’était super.

Vous n’avez jamais répété ensemble ?

Zéro ! Je suis allé une fois à Birmingham faire un check avec le batteur et le second guitariste Jamie : un aller-retour entre Rueil-Malmaison, Beauvais et Birmingham. Je me suis levé à 2 h du mat, et je suis rentré à 2 h du mat. On a fait une répét’ de deux heures… à trois, sans bassiste ni chanteur.

Je tiens aussi à souligner le travail de mon batteur (Michael Brush, ndlr), qui a joué sans clic tout au long du concert. Il jouait juste avec les backing tracks sur des morceaux entre 200 et 220 BPM. Il faut avoir une sacrée paire de baloches… Il a fait un travail exceptionnel.

Cette première, ici à l’Epic Fest, c’était en plus une opportunité de dernière minute à saisir !

Oui, nous n’étions pas prévus au départ. Notre premier concert aurait dû avoir lieu au Masters of Rock en Tchéquie en août, nous sommes aussi programmés au Furios Fest en France… Donc nous n’allions pas jouer avant cet été. On avait prévu de faire une résidence avec un ingé son sur scène, pour bosser les déplacements, les mises en place live, etc. Mais l’Epic Fest nous a appelés pour jouer en avril. Pas le choix, évidemment qu’on est venus.

Allez, on commence l’interview, parlons Power ! J’ai une question très simple : qui est Nils Courbaron ?

Nils, c’est un mec passionné qui vit pour le Metal. J’ai 35 ans, j’ai réalisé tous mes rêves de gosse. Je veux aller encore plus loin, je ne lâche rien.

Qu’est-ce qui t’a amené à la musique ?

C’est mon tonton, Cédric, le frère de ma mère. Malheureusement, il est parti en 2018. Ça a été une épreuve très difficile pour moi, car j’ai grandi avec lui. Il écoutait beaucoup de musique, pas seulement du Metal ! Goldman, Mylène Farmer… il avait plein de vinyles.

Moi, à 3 ans, je choppais ses albums d’Iron Maiden. Je regardais les pochettes avec ce monstre, Eddie, et j’étais fasciné ! Parfois, pour que je lui foute la paix, il me mettait la VHS de Maiden England 88 (rire). Je l’ai toujours, cette VHS ! Je l’ai poncée.

Gamin, pour moi, la classe ultime, c’était être en moule-burnes avec des chaussures de boxe, comme Bruce Dickinson.

Iron Maiden, ça représente quoi pour toi ?

Tout. C’est un groupe qui me rend malade. Pour Maiden, je suis capable de me battre… et ça m’est déjà arrivé ! Un jour, un mec a eu le malheur de me dire qu’il n’aimait pas du tout Iron Maiden, et qu’il trouvait même ça naze… Je l’ai un peu… molesté (rire).

Chez Maiden, il y a deux membres qui me rendent dingue : Adrian Smith et Bruce Dickinson. Je voue un culte à Dickinson. J’ai carrément pratiqué l’escrime comme lui ! J’ai une fascination pour les gens comme ça : pilote d’avion, escrimeur, leader d’un des plus grands groupes de tous les temps… il a une vie de famille, il est exemplaire !

J’ai eu plusieurs occasions de le rencontrer. La première fois, c’était sur invitation de Mistheria, claviériste de Dickinson sur son projet solo. Il m’a filé un all-access pour l’Olympia. En coulisses, il y avait beaucoup trop de monde. Je rencontre Léana, sa femme, qui m’apprend que Bruce n’est pas satisfait de son concert. Il y avait une cinquantaine de personnes en backstage ; je pense être le seul à ne pas avoir pris de photo avec lui ce soir-là. Je ne lui ai pas adressé la parole, je ne voulais pas le déranger.

La deuxième fois, c’était au Hellfest 2024. J’ai été invité dans les coulisses du groupe par Chris Declercq, son guitariste. Pareil, je vois Bruce Dickinson, et encore une fois, je ne veux pas le déranger… Ce soir-là, je suis en maillot de bain et débardeur « French Gloryhole », il a dû se demander : « C’est qui ce branleur ? » (rire).

Et une autre fois, je joue au Masters of Rock en Tchéquie, toujours en 2024. Bruce Dickinson était programmé lui aussi, plus tôt que nous. À l’aéroport de Vienne, je me retrouve dans une scène de chaos pour récupérer mes bagages. C’était la guerre ! Un bordel où tout le monde s’engueulait. Et au beau milieu de tout ça, je tombe sur Tanya O’Callaghan, la bassiste de Bruce !

Nous nous étions rencontrés plus tôt au Hellfest, pendant que je cramais sur le stand ESP. Je lui avais demandé une photo et elle m’avait répondu : « Come on, big lobster ! » C’est avec ce surnom qu’elle m’interpelle à l’aéroport. On refait une photo pour l’occasion, j’étais moins rouge (rire).

J’apprends que ça fait deux heures qu’ils attendent leurs bagages. De mon côté, je récupère mes guitares. Et là, je vois quelqu’un qui attend tranquillement ses valises… Bruce Dickinson ! Encore une fois, je ne veux pas le faire chier. Je passe devant lui, l’air de rien… et j’entends Léana, sa femme, qui m’interpelle !

Elle voit mon t-shirt Sirenia : « J’adore ce groupe ! ». Elle ne m’avait pas reconnu de notre première rencontre à l’Olympia. Elle me demande : « Vous allez au festival ? Vous allez voir un groupe ? » Je réponds : « Non, je suis guitariste, je joue au festival ». Elle me dit : « Ah très bien ! Vous jouez pour quel groupe ? » Et là, je réponds : « Sirenia… »

Elle se lève et crie : « Bruce ! Viens voir, il y a le guitariste de Sirenia ! » Le stress (rire).

Bruce débarque et me dit : « Ma femme m’a parlé de Sirenia. Je ne sais pas du tout ce que c’est, je vais prendre le temps d’écouter » (rire). Et c’est comme ça que j’ai enfin rencontré Bruce Dickinson. Il est trop sympa ! Et j’ai finalement pu prendre une photo avec lui. Incroyable…

Et le Power Metal dans tout ça ?

Ah oui, pardon ! En même temps, il ne faut pas me lancer sur Maiden, je ne m’arrête plus sinon.

Comme je le disais, mon oncle Cédric écoutait pas mal de choses, et évidemment beaucoup de metal. J’ai grandi à l’époque où tout le monde gravait des CD. Il m’avait gravé les Keeper of the Seven Keys d’Helloween. La première fois que j’ai entendu « Eagle Fly Free », j’ai pété un câble.

Un samedi sur deux, il m’emmenait au Virgin Megastore et à la Fnac. Les pochettes avaient une énorme importance dans mes choix. J’avais 11 ans, je découvrais Edguy, Angra, Rhapsody, Gamma Ray, Avantasia… Dès que j’avais 20 € d’argent de poche, c’était pour la Fnac. J’achetais Metallian, Rock Hard aussi.

D’ailleurs, c’est marrant : mon premier magazine de Metal, c’était Metallian, en 2001, avec Nightwish en couverture. À l’intérieur, on pouvait retrouver le premier EP de Sirenia. Un peu plus de dix ans plus tard, je jouais dans le groupe…

Pour toi, c’est quoi un bon groupe de Power Metal ?

Il faut que ce soit rapide, puissant, technique et catchy. Un bon groupe de Power Metal, c’est des gars capables d’écrire des trucs incroyables, comme l’introduction de « Dethrone Tyranny » de Gamma Ray. Pour moi, c’est ça la définition du Power Metal. La première fois que j’ai entendu ce morceau, je me suis dit : « C’est ce que je veux faire ! »

Toi qui voyages beaucoup, tu as forcément une vision des différentes ambiances à travers le monde. Quel est l’endroit le plus incroyable où tu aies joué ?

L’Amérique du Sud, c’est incroyable ! Là-bas, les fans n’ont pas forcément beaucoup d’argent, et pourtant ils dépensent le peu qu’ils ont dans ton merch. Ils te vouent un culte.

En Europe de l’Ouest, le public peut être très critique. Certains fans attendent que tu restitues l’album tel quel. Pas de place pour l’impro, on est vite dans le jugement. En Europe de l’Est, c’est la guerre : les gens sont super heureux.

Et puis il y a l’Amérique du Sud : tu descends de l’avion, les gens t’attendent à l’aéroport. Certains ont imprimé ta tête sur un t-shirt ! Les gens pleurent en te voyant, c’est fou.

En Argentine, j’ai voulu sortir de l’hôtel pour acheter des piles. La sécurité ne voulait pas me laisser sortir sans escorte. Je suis sorti quand même, en maillot de bain… et les gens se sont jetés sur moi ! Ils m’ont donné des fleurs, des chocolats… j’ai galéré à acheter mes piles (rire).

Imagine un peu ce que c’est pour Morten Veland qui est considéré comme une légende ultime pour beaucoup. J’ai déjà vu des gens à deux doigts de faire un malaise ! Au Chili et au Costa Rica, on s’est fait escorter jusqu’au van par des gars armés.

Et là je te parle de Sirenia ! Tu envoies des beaux-gosses comme Dynazty là-bas, ils finissent en brochettes (rire).

Ce que j’adore là-bas, c’est que tu vois beaucoup de jeunes de 14-15 ans avec des t-shirts de Maiden, Metallica, Helloween… Le Metal est partout.

Tu as l’habitude de beaucoup bouger sur scène, ce qui fait qu’on te remarque assez facilement, notamment quand tu joues avec Sirenia…

(Nils réfléchit) … Ouais, ouais. Je vais te faire une confidence : figure-toi que je me suis pris la tête avec Morten il n’y a pas longtemps, sur la tournée européenne de Sirenia. C’est vrai que Morten ne bouge pas beaucoup sur scène, mais il n’y a pas de souci, c’est son truc, il a le droit de le faire comme il le veut. Emma(Emmanuelle Zoldan, chanteuse, ndlr) a une grâce, une présence incroyable qui attire l’œil, et à côté t’as moi, l’autre taré qui fait l’hélico avec ses cheveux.

Et donc un soir, en Allemagne, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, j’ai voulu descendre de la scène pour faire le solo de « Voyage, Voyage » dans la foule. Ça m’a pris comme ça, et les gens étaient fous ! Ça se passait trop bien et, en remontant sur scène, j’ai coupé tout le courant. J’ai débranché les deux câbles XLR qui géraient le son. J’ai tout niqué (rire), je ne m’en suis pas rendu compte, et l’ingé son m’a pourri.

Morten n’était pas du tout content, et on s’est expliqué. Moi, j’aime bien me claquer la nuque tous les soirs, peut-être que je dénote un peu, que le Gothic Metal n’est pas fait pour ça, mais j’ai besoin de faire du headbang comme un taré.

Pour terminer, peux-tu nous parler de tes projets ?

J’en ai tellement… Mais là, tout de suite, j’ai surtout besoin de me reposer. J’ai pas mal enchaîné, et cette première avec Bloodorn m’a vidé.

La semaine prochaine, je suis en concert avec Dropdead Chaos. On travaille sur un album. Je continue aussi de composer pour Bloodorn. J’ai pas mal d’idées, j’aimerais sortir un deuxième album rapidement.

Avec Sirenia, on a déjà enregistré quelques nouveaux titres.

J’aimerais aussi me remettre au flamenco. Je suis un immense fan de Rodrigo y Gabriela, et l’un des trucs les plus durs à maîtriser pour moi, c’est les frappes percussives sur la guitare.

J’ai même fait une reprise de « La Isla Bonita » de Madonna en version flamenco. Franchement, c’est rigolo ! Je te ferai écouter !

Nils Courbaron, sur la scène des Masters of Rock 2025, en compagnie de Francesco Saverio Ferraro, bassiste de Bloodorn

Résumé

FabPMF
FabPMF
Né d’un amour interdit entre un conteur nain et un dragon femelle, je n’ai jamais cessé de me passionner pour les Histoires épiques de l’Humanité qu’elles se soient produites sur notre monde ou dans les grimoires de l’enchanteur Eusæbius… Mes références : Sabaton / Helloween / Blind Guardian / Demons & Wizards