[Parlons Power] « J’ai toujours vécu Fairyland comme un rêve » Rencontre avec Willdric Lievin

« Parlons Power » est le nouveau rendez-vous que vous propose Power Metal France : des interviews en toute sincérité, qui racontent l’histoire de nos héros et héroïnes, de fans de la première heure ou pas, qui nous racontent la genèse de leur passion, leur histoire avec le Power Metal, le tout ponctué d’anecdotes souvent drôles et incroyables.

Pour ce deuxième numéro, nous mettons en lumière un homme au cœur d’un retour aussi attendu qu’historique : celui de Fairyland sur scène, seize ans après sa dernière apparition.

Cofondateur et bassiste du groupe, Willdric Lievin s’est prêté avec générosité au jeu de « Parlons Power ». Passionné de musique depuis son plus jeune âge, il revient sur ses débuts, la création de Fairyland, les souvenirs de tournée et évoque, avec beaucoup d’émotion, sa relation presque fraternelle avec le regretté Philippe Giordana.

Cette interview a été réalisée le samedi 11 avril 2026, au lendemain du retour triomphal de Fairyland sur scène à l’Epic Fest 2026, seize ans après son dernier concert.

16 ans sans scène… et ce retour ! Moins de 24 h après, tu réalises ce qui vient de se passer ?

On est dans une autre dimension, c’est extraordinaire ! Ce matin, au réveil, nous étions tous réunis avec le groupe pour le petit-déjeuner. Nous regardions tous les posts, les commentaires, les vidéos, les retours incroyables de tout le monde. C’est incroyable et très émouvant. Nous sommes sur un nuage !

Comment ça se prépare, un retour aussi attendu que celui-ci ?

C’est dingue, car nous n’avons eu que très peu de préparation, même si nous avions été bookés il y a un an. Il y a eu des changements de dernière minute au sein du groupe, avec le départ de notre claviériste. Il est parti pour des raisons familiales, nous n’étions plus que quatre à quelques semaines du concert. C’est comme ça que Johannes est arrivé dans l’aventure… Il a appris toute la setlist en trois semaines, incroyable !

Nous avons failli venir ici sans claviériste, ce qui est problématique pour un groupe comme Fairyland. On a donc pris le bon risque de l’intégrer.

 Comment Johannes est-il arrivé sur votre route ?

C’est Archie, notre chanteur, qui l’a rencontré dans le cadre d’un festival. Johannes joue dans pas mal de groupes et c’est un grand fan de Fairyland. Quand Archie lui a proposé de nous rejoindre, il n’en revenait pas ! La première fois que nous nous sommes rencontrés, j’ai découvert quelqu’un d’extraordinaire, professionnellement et humainement.

Le groupe à nouveau au complet, nous avons bossé la setlist, la mise en scène mais, surtout, chacun a bien travaillé de son côté. Nous avons fait en sorte de mettre toutes les chances de notre côté pour proposer le meilleur show possible.

Nous avons joué un set d’une heure et quart avec des morceaux difficiles à interpréter, mais lorsque l’on joue avec des musiciens d’un tel niveau, il n’y a pas de problème. Tout le monde a été super pro !

Comment on se sent quand on est face à la scène, prêt à jouer le premier morceau d’un groupe attendu depuis 16 ans ?

Je n’étais pas serein (rire). Les gens viennent voir Fairyland. Ma dernière avec le groupe, c’était en 2003. Ça faisait 23 ans que je n’avais pas joué du Fairyland en live, sur scène. J’ai vu des gens chanter en chœur nos refrains, waouh… Les frissons ! Je ne saurais dire combien de personnes sont venues nous voir pour nous féliciter. Quelqu’un m’a dit hier : « Je rêve de vous voir depuis des années »… C’est magique.

Quand tu repenses à tes concerts avec Fairyland avant celui-ci, qu’est-ce qui te revient en tête ?

Cette fougue de jeunesse… (Willdric réfléchit.) Quelque part, je retrouve un peu cette âme du début. J’ai toujours vécu Fairyland comme un rêve, comme quand tu regardes un film qui te fait voyager et dont tu as du mal à sortir. Je retrouve cette sensation d’innocence et d’énergie des débuts… J’ai l’impression d’avoir à nouveau 20 ans.

Tu te rappelles ton dernier concert avec Fairyland en 2003 ?

C’était au Sweden Rock. Je me rappelle qu’il y avait pas mal de monde. Nous n’étions pas sur une grosse scène du festival, mais c’était tout de même une belle scène et nous avions joué de jour. Le séjour était fou ! Nous étions avec pas mal de groupes, dont Masterplan (à noter la présence notamment de Falconer, Wishbone Ash, Sepultura, Anthrax, Blind Guardian et Twisted Sister en tête d’affiche, ndlr). Je ne réalisais pas encore l’importance du groupe à cette époque. Alors oui, c’étaient les débuts, mais il y avait déjà un bel élan, car la promo avait été bien montée, avec une belle tournée en compagnie de Sonata Arctica. Je me rappelle qu’une fois la tournée terminée, je suis rentré à la maison, et tout s’est arrêté… J’en voulais plus ! On a goûté à quelque chose de fantastique… Malheureusement, l’Histoire a fait que nous nous sommes arrêtés là avec Philippe (Giordana, cofondateur de Fairyland avec Willdric, ndlr). Nous étions sur un tremplin. Je pense que si nous n’avions pas eu ce break, nous aurions pu exploser. C’est comme lancer une fusée vers la Lune qui explose dix mètres avant d’atterrir.

Tu retrouves de vieilles connaissances ici ?

J’ai croisé Roy Khan ce matin à l’hôtel. Nous avions fait une date avec Kamelot à l’Élysée Montmartre en 2003. Leur tour bus était tombé en panne. Ils étaient arrivés en retard. Je me rappelle que nous les avions aidés à décharger leur matos et à monter la scène. Ils étaient tellement en retard qu’ils ont joué en line check (sans faire de balance, ndlr). De sacrés professionnels ! Roy m’a reconnu grâce à l’anecdote du bus (rire).

Je sais que Sonata Arctica sont arrivés aujourd’hui, j’irai les saluer. En 2019, j’ai croisé Tony Kakko au Hellfest. J’étais invité. Il m’a reconnu ! (rire). C’est marrant de se retrouver ici, pour notre retour sur scène, en même temps que Sonata Arctica, avec qui nous avions réalisé notre toute première tournée. Incroyable.

Avant Fairyland, avant les albums, les tournées, c’était qui Willdric Lievin ?

La musique est arrivée dans ma vie à l’âge de 6 ans. Ma mère écoutait beaucoup la radio, qui passait des artistes de qualité comme Supertramp. Ça me passionnait ! Comme tous les gosses de 6 ans, j’ai eu un vélo en cadeau, des jouets, une Nintendo… mais j’ai surtout eu ma première chaîne Hi-Fi. Je m’enfermais dans ma chambre et j’écoutais des vinyles, comme Madonna. J’écoutais de tout pendant que mes potes faisaient du vélo ou du foot. J’étais dans mon monde.

À 8 ans, j’ai commencé la batterie, et j’ai découvert Ride the Lightning de Metallica, une révélation pour moi ! J’ai compris que ce monde allait devenir le mien. Par la suite, j’ai monté pas mal de petits groupes avec des copains, à faire du punk rock, du Metal, un peu de tout.

J’ai grandi autour de Nice. On ne manquait de rien. J’avais ma batterie dans ma chambre, c’était top. C’était le début des années 90. Le Black Album de Metallica venait de sortir, Megadeth et Maiden étaient des groupes phares de l’époque. Au collège, j’avais mon groupe de potes qui étaient dans le même délire. D’ailleurs, le premier concert de ma vie, c’était au collège, devant 800 personnes (rire). C’était la fête de fin d’année, j’étais en quatrième. Il y avait même un bus d’Italiens, car la ville était jumelée avec la leur. On a joué un morceau de Phil Collins, « Another Day in Paradise », puis on a joué du Metallica… sans prévenir le directeur (rire). Après ça, on est devenus les stars du collège.

Tu te rappelles quand la musique est devenue plus qu’un hobby pour toi ?

Le déclic est venu d’une autre passion : le son. Je me suis payé un studio quatre pistes à cassettes. J’avais travaillé tout un été pour l’avoir. C’est avec ça que j’ai fait mes premières maquettes et que je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de faire des reprises pour commencer à écrire mes premières compos.

Un autre déclic : Legendary Tales de Rhapsody, en 1997. À l’écoute de cet album, je me dis : « C’est ça que je veux faire. » En parallèle, je continue à faire des concerts sur des petites scènes, et c’est dans ce cadre-là que je rencontre Philippe. Et un soir, entre deux scènes, à la pause clope, il me demande : « Tu connais Rhapsody ? » (rire). Je lui réponds qu’en effet, je souhaite faire un groupe comme ça. Il me dit : « Bouge pas, j’ai deux ou trois compos de côté qui sont dans le style. » Il s’agissait de « Ride with the Sun », « Doryan the Enlighted » et « The Fellowship »… Il avait déjà ça dans son bagage, l’âme de Fairyland. Tout a commencé comme ça.

En parlant de son, nous n’avons pas pu nous empêcher de nous rendre compte qu’il y avait un problème à ce niveau-là sur scène, hier. Que s’est-il passé ?

On n’a pas eu le temps de faire nos balances correctement, car il y avait un problème de monitoring (dispositifs qui permettent aux musiciens, chanteurs ou techniciens de s’entendre correctement pendant un concert, ndlr). Tout était inversé, et on n’entendait rien. En gros, on avait l’impression de jouer seuls… Ça ne met pas du tout en confiance pour un retour après 16 ans (rire). Malgré ça, on a passé un super moment. On a travaillé dur pour ce retour, et le public nous l’a bien rendu.

Allez, parlons Power ! Pour toi, que représente le Power Metal ?

Ce terme de Power Metal est arrivé plus tard. Moi, j’ai toujours parlé de Metal symphonique. C’est une musique qui fait voyager dans une autre dimension. D’ailleurs, je ne peux écouter du Power Metal qu’à la montagne ! J’habite dans un petit village au milieu des Alpes, c’est un paradis sur terre. J’adore écouter du Power dans ce contexte. D’ailleurs, je crois que j’ai refilé à Philippe cette maladie (rire). Au début, il se moquait de moi. Il m’expliquait qu’il écoutait Rhapsody en faisant la vaisselle. Mais il est finalement rentré dans mon délire.

Mon fils a 13 ans. C’est un musicien très doué et il adore le Metal symphonique. Peut-être que ce contexte l’inspire…

À côté de ça, je suis un grand fan de pop, je suis un malade de Genesis, de rock progressif aussi… J’écoute évidemment énormément de Metal, j’adore Amorphis par exemple.

Je m’inspire de beaucoup de styles musicaux. Pour les chœurs de Fairyland, on s’est beaucoup inspirés de Queen, par exemple, comme Blind Guardian a pu le faire avant nous.

En 2020, nous avions interviewé Philippe Giordana au moment de la sortie de « Osyrhianta ». À cette occasion, il nous avait parlé de sa passion sans limite pour Blind Guardian… un énorme fan !

Oui, nous étions tous les deux de très grands fans ! Blind Guardian fait partie intégrante de nos influences, mais je dois avouer que c’est Phil qui m’a refilé le virus. Je pense notamment à Imaginations from the Other Side (1995) et Nightfall in Middle-Earth (1998), ce sont des chefs-d’œuvre intemporels.

En 2019, dans les backstage du Hellfest, j’ai eu la chance de rencontrer Hansi Kürsch, qui se produisait avec Demons & Wizards. Philippe n’a pas pu être là. Je lui ai envoyé une photo de moi avec Hansi. Il m’a répondu avec un beau message : « Je pense que ce sont les deux personnes que j’aime le plus au monde sur cette photo. »

Quels sont les autres groupes qui t’influencent en tant qu’artiste ?

Je vais dire encore Amorphis car, dans la construction des morceaux, il y a un côté pop que j’adore. C’est très catchy, composé très intelligemment. C’est ça que j’aime dans la musique : il faut que ça te prenne tout de suite sans que ce soit facile, simple et complexe à la fois. C’est ce qu’on essaye de faire avec Fairyland. « Score to a New Beginning » (2009) est un album qui plaît beaucoup car je pense qu’il est très progressif et pop en même temps.

Quel souvenir personnel gardes-tu de Philippe ?

Un frère… même plus que ça. Nous avons passé les trois quarts de notre vie ensemble. C’est la famille. C’est quelqu’un de passionné comme moi, on se comprenait sur tout.

On avait notre caractère, bien sûr, ce qui nous a fait défaut dans notre jeunesse. On ne s’entendait plus à un moment… Une bêtise que l’on a regrettée tous les deux, on s’en est mordu les doigts… Mais l’Histoire est comme ça.

C’était une personne d’une grande générosité, à l’écoute… et un génie, vraiment. Parfois, on travaillait des journées entières et on se disait : « Qu’est-ce qu’on a fait là ? ». Il y avait une énergie à deux qui était hallucinante, on pouvait déplacer des montagnes. Ça me manque aujourd’hui, mais j’ai une belle équipe maintenant. J’ai beaucoup pensé à lui hier sur scène…

D’ailleurs, en préparant ce retour sur scène, on a vécu quelque chose d’assez mystique. Un jour, au studio, j’ai eu un gros problème avec mon Mac et j’ai perdu tous les enregistrements de « Of Wars in Osyrhia » et « Score to a New Beginning »… Je me demandais : « Comment on va faire tous les chœurs sur scène ? ». Je n’avais plus aucun fichier ! Plus tard, je tombe sur un vieux dossier de 2009… On avait refait tous les chœurs pour préparer de futures dates… avec les voix de Philippe dessus.

Je pense que Philippe est là-haut et qu’il bosse comme un âne pour nous. Grâce à ces chœurs, Philippe était avec nous sur scène. C’est magique.

Aurais-tu une anecdote improbable ou marquante dans ton parcours que tu n’as jamais racontée ?

Dans mon village, à Lieuche (Alpes-Maritimes), la maire est très fière à l’idée que les albums de Fairyland soient produits au village. Lorsque nous avons reçu l’album « Osyrhianta » en 2020, il y avait un sticker du label sur le cellophane : enregistré à Lieuche, masterisé à Los Angeles. Dans la même phrase, il y a Lieuche, 44 habitants, et Los Angeles (rire). Je le lui ai donné, elle était ravie !

Autre anecdote qui concerne Philippe, cette fois : notre première date avec Sonata Arctica se déroulait à La Laiterie, à Strasbourg. Nous étions très stressés, à tel point que Philippe en a vomi. On avait une angoisse terrible. Imagine-toi que deux jours avant, nous étions dans notre chambre d’ado ! Là, on se retrouve en train de jouer avec un groupe qui a un tour bus américain (rire).

Pour l’histoire, j’ai rencontré Sonata Arctica sur leur première tournée avec Stratovarius et Rhapsody, à Marseille (Le Moulin, 9 mai 2000, ndlr). Nous avions été invités par notre label de l’époque, NTS. Ce jour-là, nous devions rencontrer Luca Turilli en backstage, car il nous avait proposé de produire notre premier album. Nous étions à deux doigts de signer avec eux, mais nous avons refusé… Il voulait enlever toute l’orchestration ! Il ne voulait pas d’un deuxième Rhapsody… Nous avons eu le contrat sous les yeux et nous avons décidé de ne pas signer. On s’en est mordu les doigts au début, mais il n’était pas question que Fairyland soit autrement que ce qu’on en avait fait. C’est comme ça qu’on est partis chez Olivier Garnier, qui nous a laissé faire notre propre production. Nous avions les mains libres pour absolument tout. C’était un bon choix, finalement.

Après tout ce que tu as vécu en tant qu’artiste, qu’est-ce qui te motive encore à créer et à monter sur scène ?

C’est tout ce qu’on est en train de vivre en ce moment. Philippe n’est plus là, mais je peux m’appuyer facilement sur les membres du groupe, même si on est un peu éloignés géographiquement. Chez soi, on est toujours un peu seul, tu vis ta vie, tu es loin des fans, en dehors de la sphère. Malgré le lien que tu entretiens avec les fans sur les réseaux sociaux, tu ne peux pas vraiment juger de l’ampleur ou de la dimension que peut avoir le groupe. C’est vraiment en arrivant ici qu’on s’en est rendu compte. En arrivant à l’hôtel hier, on a rencontré des fans du Japon, un autre d’Australie spécialement venus pour Fairyland, et ça, c’est motivant comme jamais ! Là, on va rentrer à la maison et on va bosser comme des dingues.

Fairyland, c’est une renaissance ? Une continuité ? C’est quoi la suite ?

Un nouvel album ! Nous avons un contrat de deux albums avec Frontiers Music, un super label. Maintenant qu’on a une équipe solide, avec un line-up stable, cet album est notre priorité.

Fairyland s’est démarqué par ses line-up changeants. Aujourd’hui, je ne veux plus que ça bouge. Avec le recul, c’est incroyable qu’on soit encore là. On a bien fait de ne pas lâcher. On a pu se planter parfois, mais le résultat est là : on est encore là.

Et une tournée ?…

Oh oui ! (rire) Rien d’officiel, mais oui. L’idée est de proposer une tournée en tête d’affiche, avec un groupe en soutien. C’est notre but cette année, on veut commencer par Nice. Je rêverais de retourner à l’Élysée Montmartre, c’est une salle mythique…

On se donne rendez-vous sur scène quand, alors ?

En fin d’année… j’espère. Je ne veux plus perdre de temps. Un single est même prévu d’ici quelque temps… Restez connectés !

Résumé

FabPMF
FabPMF
Né d’un amour interdit entre un conteur nain et un dragon femelle, je n’ai jamais cessé de me passionner pour les Histoires épiques de l’Humanité qu’elles se soient produites sur notre monde ou dans les grimoires de l’enchanteur Eusæbius… Mes références : Sabaton / Helloween / Blind Guardian / Demons & Wizards