[Parlons Power] « Le Power Metal fera toujours partie de ma vie » – Rencontre avec François Blanc (Rock Hard France)

« Parlons Power » est le rendez-vous que vous propose Power Metal France : des interviews en toute sincérité, qui racontent l’histoire de nos héros et héroïnes, de passionnés de la première heure, qui nous dévoilent la genèse de leur amour pour le Power Metal, leur parcours, le tout ponctué d’anecdotes souvent drôles, parfois touchantes et toujours passionnantes.

Journaliste chez Rock Hard depuis plus de quinze ans, François Blanc est également un musicien passionné, notamment à travers Angellore, Impending Triumph et Solstitium. Mais derrière le professionnel et l’artiste se cache avant tout un amoureux du Metal, bercé dès son enfance par Kiss, Manowar ou encore Angra.

Pour ce troisième numéro de « Parlons Power », nous avons échangé avec lui sur son parcours, ses rencontres marquantes, son amour du Power Metal et sa vision de l’évolution du genre. Entre anecdotes, confidences et souvenirs, François revient sur une passion qui ne l’a jamais quitté.

Cet entretien a été réalisé le 25 mai 2026, quelques jours après la participation de Solstitium au Courts of Chaos Festival, en Bretagne.

François, tu reviens tout juste du Courts of Chaos Festival, en Bretagne, où tu jouais avec Solstitium. Comment ça s’est passé ?

Admirablement bien ! C’était seulement notre troisième concert, puisque le groupe s’est formé en 2022 et que notre premier album est sorti en 2024. J’ai été très impressionné par le professionnalisme de l’équipe du festival et par la qualité de l’équipement sonore. Les conditions étaient excellentes !

Au début de notre prestation, il n’y avait pas grand monde dans la salle. Mon guitariste, Sébastien Grenier, était un peu déçu. Mais pendant les deux minutes de l’introduction, les gens sont entrés et, lorsqu’on s’est retournés, il y avait plein de monde ! On a échangé un petit regard complice. C’était génial !

On prépare actuellement notre deuxième album, dont la sortie pourrait intervenir en 2027. Musicalement, c’est un mélange de Doom, de Death mélodique et de Heavy épique, avec quelques influences Power Metal. On ne peut pas totalement se renier !

Pour ceux qui te connaissent essentiellement à travers Rock Hard, qui est François Blanc ? L’homme, le passionné de musique ?

Je suis né en 1987 et j’ai grandi avec trois grandes sœurs, dont deux étaient passionnées de Metal. Ma sœur Mélanie, notamment, a été un peu une seconde maman pour moi. Elle adorait Manowar, Kiss, Accept… Mes deux sœurs aînées faisaient partie des rares filles qui fréquentaient les concerts de Metal à Lyon dans les années 80.

J’ai donc grandi avec cette musique. Quand j’étais petit, Kiss était mon groupe préféré et je donnais même des cours de Kiss à mes copains ! (Rire) Le soir, je demandais à ma sœur de me raconter des histoires sur le groupe à partir de ses magazines Hard Rock et Metal.

J’ai ensuite découvert d’autres styles, notamment l’électro et la New Age, avant de revenir pleinement au Metal à l’adolescence.

Cette passion ne m’a jamais quitté. Aujourd’hui, je suis journaliste chez Rock Hard et je joue dans plusieurs formations, dont Angellore, mon projet de cœur, mais aussi Impending Triumph et Solstitium. Et avec deux enfants à la maison, disons que je ne dort pas beaucoup ! (Rire)

Comment l’aventure avec Rock Hard a-t-elle commencé ?

J’ai toujours pensé qu’il fallait provoquer sa chance. Lorsque j’étais étudiant en journalisme à Marseille, j’ai tenté ma chance auprès de Rock Hard pour un stage.

Dans ma lettre de motivation, j’avais précisé mes styles de prédilection : le Power Metal, le Heavy, le Black, le Doom et le Viking/Folk Metal. Et j’ai bien fait, car certains étaient assez peu représentés dans le magazine à l’époque. Quand il fallait chroniquer un concert de Korpiklaani, mes futurs collègues avaient tendance à tirer à la courte paille. Moi, j’étais ravi d’y aller !

J’ai aussi beaucoup téléphoné pour montrer ma motivation. Finalement, j’ai décroché mon stage et je suis venu vivre à Paris, dans un appartement de neuf mètres carrés, pour un loyer à la limite de la légalité ! (Rire)

Mon premier stage s’est bien passé, j’en ai effectué un deuxième et, à la rentrée 2011, Rock Hard m’a embauché.

Je suis extrêmement reconnaissant envers Philippe Lageat et Marc Villalonga de m’avoir donné ma chance. Pouvoir vivre de sa passion, écouter de la musique, rencontrer des artistes et des fans… C’est vraiment le meilleur boulot du monde !

Quelle a été ta première expérience vraiment marquante au sein du magazine ?

Mon premier véritable voyage de presse, en 2010, pour découvrir At the Edge of Time de Blind Guardian !

Je me souviens de Philippe Lageat qui me demande, d’un air un peu cachottier : « Dis donc, tu aimes bien Blind Guardian ? » Évidemment, je lui réponds que j’adore ! Et là, il m’annonce qu’on propose au magazine d’envoyer un journaliste en Allemagne pour écouter l’album et rencontrer le groupe.

Pour moi, c’était incroyable ! J’avais 23 ans, j’étais un tout petit stagiaire et je représentais Rock Hard à l’étranger. J’avais une pression terrible. Il ne fallait surtout pas que je dise de bêtises ou que je me comporte comme un fanboy ! (Rire)

Heureusement, les membres de Blind Guardian ont été absolument adorables. Ils ne m’ont jamais fait sentir ma jeunesse ou mon inexpérience. Ça reste un souvenir extraordinaire.

Revenons au Power Metal. Quel groupe t’a fait comprendre que le Metal pouvait être grandiose, épique ?

Angra, sans hésitation ! J’ai découvert Angels Cry très jeune. D’ailleurs, je vais te raconter une anecdote que je n’ai encore jamais évoquée en interview : Ma sœur Mélanie avait copié l’album sur cassette et fabriqué sa propre jaquette, avec une représentation d’un ange doré. Au milieu des cassettes de Metal de mes sœurs, avec leurs guerriers et leurs visuels parfois très agressifs, cette image m’intriguait énormément. Et quand j’ai écouté Unfinished Allegro et Carry On, ça a été un choc immédiat ! Je rêvais de chanter comme André Matos. Je me souviens aussi de mes parties de Game Boy en écoutant Holy Land pendant des heures. Et lorsque Fireworks est sorti, mes deux sœurs et moi avions chacun notre exemplaire !

Pour moi, Angra représentait quelque chose de gigantesque, presque sacré. Une musique qui procurait un sentiment d’évasion et de grandeur. C’est toujours le cas aujourd’hui.

Quand on devient journaliste musical, est-ce qu’on perd un peu de la magie du fan ?

Oui, un petit peu, parce qu’on sort de cette posture. Avant de rejoindre Rock Hard, je prenais souvent des photos avec les musiciens ou je leur demandais des autographes. J’ai rapidement arrêté, sauf de très rares exceptions.

Quand tu rencontres un artiste dans un cadre professionnel, tu es là pour faire ton travail. Tu dois être capable d’interviewer avec la même curiosité un groupe que tu adores et un autre qui ne correspond pas forcément à tes goûts.

Mais la musique, elle, reste magique ! C’est simplement le rapport aux musiciens qui évolue. Avant, j’étais comme un volcan en éruption. Aujourd’hui, c’est plutôt la lave qui coule tout au fond. La passion est toujours aussi vive, mais davantage tempérée.

Je suis aussi devenu plus sélectif dans mes découvertes et mes concerts. Cela ne signifie pas que je suis blasé, loin de là ! Je vis simplement ma passion un peu différemment.

Comment tes collègues te perçoivent-ils en tant que passionné de Power Metal ? Parce qu’on ne va pas se mentir, le genre n’est pas toujours pris très au sérieux par certains puristes…

Mes collègues se moquent souvent de moi ! (Rire) Mais ça ne me pose aucun problème. Ça me fait même rire ! Parfois, lorsque j’annonce que je vais chroniquer un album, je leur explique que s’ils l’écoutaient, ils feraient probablement une combustion spontanée !

J’ai confiance en mes goûts. Quand j’aime quelque chose, je l’aime. Être fan de Kiss, par exemple, c’est s’exposer à beaucoup de critiques. On peut leur reprocher énormément de choses, mais leur musique me touche et ce sont mes héros d’enfance.

C’est pareil pour Sabaton. Je reconnais volontiers que certains morceaux sont très simples, voire kitsch. Mais lorsque Joakim Brodén chante, je ressens quelque chose de très fort.

Le Power Metal se prête particulièrement bien à la dérision, mais personnellement, ça ne m’empêche absolument pas de l’aimer.

Est-ce qu’il existe des groupes que tu es incapable de juger objectivement parce qu’ils représentent trop pour toi ?

Kiss, évidemment ! Il y a des morceaux de Kiss qui me touchent plus profondément que certaines grandes pièces symphoniques. Pourtant, musicalement, ça peut parfois être du Rock’n’Roll assez bas du front ! Ce n’est pas Black Sabbath en matière d’innovation, ni Iron Maiden dans la construction musicale. Et pourtant, un morceau de Kiss au bon moment peut m’emporter très loin.

Il y a aussi Hällas, un groupe suédois de Rock progressif que je trouve extraordinaire. Pour moi, leur premier album est un classique absolu. Et si tu n’es pas d’accord, c’est toi qui as tort ! (Rire) Mais j’essaie évidemment de rester objectif lorsque j’écris pour Rock Hard. Dans mon cœur, c’est une autre histoire !

Au fil des années, tu as réalisé énormément d’interviews. Est-ce qu’une rencontre t’a particulièrement surpris ou marqué ?

Je pense à ma première interview de Joakim Brodén, de Sabaton, en 2012, à l’occasion de la sortie de Carolus Rex. Derrière son image de guerrier, de frontman charismatique et souriant, j’ai découvert un artiste extrêmement sensible, très exigeant envers lui-même et profondément tourmenté par la création.

Il m’a particulièrement impressionné par son investissement dans la composition et sa volonté de ne jamais décevoir les fans. On peut se moquer des claviers pompeux ou du côté martial de Sabaton, mais cette musique est faite avec une sincérité incroyable.

J’avais déjà beaucoup d’affection pour ce groupe, mais cette rencontre m’a permis de découvrir l’homme et l’artiste derrière le personnage. Et j’en suis ressorti avec encore davantage de respect pour lui.

Tu as participé à l’adaptation française de « Bête du Gévaudan », de Powerwolf. Comment cette collaboration est-elle née ?

C’est une très belle histoire ! J’avais rencontré Matthew Greywolf lors d’un voyage de presse pour Preachers of the Night. Nous avions discuté de notre passion commune pour le Doom mélodique et les musiques mélancoliques.

Quelques temps plus tard, nous nous sommes retrouvés à Paris pour un concert des Dead Kennedys. Nous avons pris un verre, dîné ensemble et même écouté Angellore chez moi. Une belle amitié est née de cette rencontre et nous sommes restés en contact.

Lorsqu’ils ont composé Beast of Gévaudan, Matthew m’a proposé de travailler sur une version française. Au départ, j’avais réalisé une traduction assez littérale. Mais il m’a donné la liberté de réécrire certains passages pour qu’ils sonnent mieux en français, tout en respectant l’univers de la légende et celui de Powerwolf. Et comme il savait que j’étais chanteur, je lui ai proposé d’enregistrer moi-même le morceau, afin de servir de guide de prononciation à Attila Dorn ! C’était assez incroyable de me dire qu’Attila allait écouter ma voix, enregistrée dans ma chambre en région parisienne, pour travailler son français !

Le groupe a été formidable avec moi. Il n’était pas question d’argent : j’étais simplement heureux de participer à cette aventure. Et ce qui me touche le plus, c’est qu’aujourd’hui encore, Powerwolf interprète régulièrement cette version française lors de ses concerts dans notre pays. Quand je repense à ce texte écrit dans un train, je trouve ça assez génial !

En France, le Hellfest reste le mastodonte des festivals Metal. Pourtant, le Power Metal demeure relativement discret dans sa programmation. Selon toi, est-ce un genre encore snobé malgré l’existence d’un vrai public ?

Je pense que le côté kitsch du Power Metal continue de lui porter préjudice. C’est aussi une musique qui peut être difficile à restituer sur scène. Elle exige un bagage technique important et n’est pas toujours aussi immédiatement accessible que d’autres styles en festival.

Et puis le genre s’adresse aujourd’hui à un public plus restreint qu’au début des années 2000, lorsque Rhapsody, Angra, Stratovarius ou Sonata Arctica vendaient énormément de disques. Il manque surtout un nouveau fer de lance du Power Metal traditionnel, un groupe incontournable qui pourrait inciter les programmateurs à prendre davantage de risques.

Bien sûr, il y a Sabaton, Powerwolf ou Beast in Black, mais leur musique s’éloigne un peu du Power Metal tel qu’on le concevait à cette époque. J’aimerais évidemment voir davantage de Power Metal dans les grands festivals, mais je comprends que sa programmation ne soit pas toujours évidente.

Justement, comment vois-tu l’état actuel du Power Metal ? Est-ce un genre qui continue d’évoluer ou qui commence à tourner en rond ? Es-tu optimiste pour son avenir ?

Je trouve que le Power Metal ne se porte pas si mal ! Il a évolué et s’est diversifié. Tu retrouves aujourd’hui ses influences dans des groupes comme Amaranthe, Beast in Black ou encore Sabaton, qui proposent des approches différentes du genre.

Certains mélangent les sonorités électroniques, d’autres privilégient des rythmiques plus martiales ou des influences plus modernes. Le Power Metal est devenu moins figé dans ses codes. Il existe plusieurs branches, plusieurs façons de l’aborder.

Ce qui me manque personnellement, c’est le Power Metal très hollywoodien, à la Rhapsody des débuts. Cela fait longtemps que je n’ai pas reçu une véritable claque dans ce style précis.

Mais du Power Metal de qualité, j’en découvre encore régulièrement. Il faut simplement aller chercher un peu plus loin, notamment du côté de l’underground. Le genre est moins à la mode qu’avant, mais il reste bien vivant. Ce qu’il lui manque, c’est un nouveau grand groupe capable de fédérer largement son public.

Pour finir : c’est quoi la suite pour toi ? Continuer à défendre le Power dans les pages de Rock Hard ou définitivement trahir tout le monde avec ton groupe d’Epic Death Metal ? (Rire)

Power Metal will never die ! (Rire) Je m’en suis un peu éloigné pendant quelques années lorsque j’ai découvert le Metal extrême, mais j’y suis revenu parce que j’aime beaucoup trop cette musique ! Mon spectre musical s’est élargi, mais le Power Metal ne disparaîtra plus de ma vie.

J’ai bien l’intention de continuer à le défendre dans Rock Hard aussi longtemps que possible. Nous avons une équipe soudée, des lecteurs fidèles, et je pense que l’existence d’une presse Metal compte encore énormément pour beaucoup de gens.

Côté musique, avec la mise en pause d’Abduction, je me concentre notamment sur Angellore, Impending Triumph et Solstitium.

Impending Triumph, en particulier, possède déjà des influences très Heavy et épiques, avec des passages plus Speed sur lesquels nous travaillons actuellement.

Donc, que ce soit à travers mes écrits ou ma musique, le Power Metal fera toujours partie de ma vie et je compte bien continuer à le défendre !

Résumé

FabPMF
FabPMF
Élevé à l’ombre des dragons d'Erebor et bercé par les récits de bardes armoricains, je n’ai jamais cessé de me passionner pour les histoires épiques de l’humanité qu’elles se soient produites sur notre monde ou dans les grimoires de l’enchanteur Eusæbius… Mes références : Sabaton / Blind Guardian / Angra / Majestica / ...